mercredi 1 juillet 2020

Au ralenti


Je m'étais engagée l'année dernière dans l'aventure du PLIB (je remercie d'ailleurs les organisateurs car j'ai eu de belles lectures grâce à ce Prix !), mais je dois me retirée du jury. En effet, je m'occupe à plein temps de ma fille qui a huit mois, et je n'arrive plus à lire. Mes journées sont découpées en trois phases : bébé, boulot et dodo. Il m'est donc impossible de lire les derniers livres en lice pour le Prix et de rédiger les chroniques demandées. Toutefois, je rédigerai quand même quelques mots par ici lorsque je les aurai lus ;). De même concernant les SP offerts, je suspends mes partenariats, ou alors il faut accepter que les livres soient lus... potentiellement dans dix ans étant donné ma pàl énorme (je plaide coupable : j'achète compulsivement les livres et je les entasse dans ma bibliothèque - numérique ou réelle - et je veille dessus comme Picsou sur son tas d'or). Même chose pour le beau challenge littéraire créé par Nolwenn, le Challenge XIXe, que je ne peux pas suivre. Bref, en 2020, j'ai eu les yeux plus gros que le ventre. Je suppose que c'est un passage normal lorsqu'on devient mère...

À bientôt !

jeudi 30 avril 2020

#PLIB2020 Les Brumes de Cendrelune, tome 1 : Le jardin des âmes, de Georgia Caldera


Seconde lecture pour le Prix Littéraire de l'Imaginaire Booktubeur App, Les Brumes de Cendrelune tome 1 : Le jardin des âmes de Georgia Caldera aux éditions J'ai lu pour elle, qui fait partie des 5 livres finalistes. La couverture m'a de suite attirée, et j'ai plongé dès les premières pages dans ce roman de fantasy aux accents mythologiques. L'autrice n'en est pas à son premier coup d'essai puisqu'elle a reçu le Prix Merlin en 2012 pour son roman Réminiscences.

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Le royaume de Cendrelune est régi par des dieux, dont le plus puissant de tous, Orion, détient le pouvoir de connaître toutes les pensées de ses sujets humains. Ces derniers vivent dans une cité de fer, au service des immortels, et se voient punis à la moindre pensée hérétique. L'une de ces punitions est l'amputation des membres, remplacés par des prothèses en métal forgées par Héphaïstos. C'est le châtiment que Céphise, jeune violoniste, a subi, suite aux propos blasphématoires de son père. Devenue orpheline et une Rapiécée, une paria, elle mène une vie douloureuse entre remords et colère envers ces dieux cruels. Mais l'adolescente ne se doute pas que son désir de vengeance est partagé et qu'il la mènera tout droit dans la gueule du loup : la Cathédrale d'Éternité, maison des dieux, et plus précisément, dans la chambre de l'Ombre, bras droit aux terribles pouvoirs d'Orion.

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Les Brumes de Cendrelune est diablement efficace. Roman choral au style ciselé, on plonge avec délice dans les pensées de Céphise, jeune fille à l'esprit fougueux et critique, ainsi que dans celles de Verlaine, jeune demi-dieu tourmenté pour qui on ne peut que nourrir de l'affection malgré son travail de bourreau. On rencontre également les esprits d'Héphaïstos, dieu de la forge, à l'origine des membres de métal portés par les humains séditieux, et de Proserpine, dernière vestale d'une divinité vouée à l'oubli depuis des siècles et maintenue prisonnière par Orion. 
Les caractères des deux personnages principaux sont bien amenés, même si on pourrait reprocher quelques clichés : le beau Verlaine torturé par sa condition de demi-homme et ses pouvoirs maléfiques, et la jeune femme sauvage incarnée par Céphise, qui va se retrouver malgré elle sauvée par celui qui est le bourreau de sa famille. Malgré ça, on lit avidemment les péripéties de ces deux personnages hantés par leur passé. Ils forment un duo intéressant : outre leur passé révoltant, leurs pouvoirs marchent en miroir : l'un détruit tandis que l'autre guérit ; Céphise s'endurcit et Verlaine s'adoucit, se laisse aller à l'empathie, embrasse davantage son côté humain. L'un et l'autre sont complémentaires et grandissent en se côtoyant, et même si la fin de ce premier tome semble malheureuse, j'ai hâte de savoir dans le prochain ce qu'il adviendra d'eux.
Vous l'aurez deviner, ce récit est également celui d'une histoire d'amour impossible. Cet aspect très Roméo et Juliette n'est pas pour me déplaire et la midinette en moi a refermé le livre avec frustration.

L'univers des Brumes est très intéressant : l'autrice mêle habilement dystopie et fantasy, le tout saupoudré de mythologie. En effet, après des siècles et des siècles où les dieux ont laissé les humains vaquer à leurs affaires et s'autodétruire, ils ont décidé de revenir parmi eux et de remettre de l'ordre. Enfin, c'est l'histoire servie par Orion et consort... J'ai aimé les petites pointes de militantisme écologique : le seul endroit où se trouvent encore des arbres et des plantes est la serre au sein de la Cathédrale, tout le reste n'est que cendres, acier et brume. Plus rien ne pousse au dehors, même la nourriture est synthétique. La serre est d'ailleurs un élément clef puisqu'elle est liée aux pouvoirs de Verlaine, et un symbole fort : celui du cycle de la vie : de la mort naissent de nouvelles essences. 
L'univers de Cendrelune est cruel, mais la cruauté ne vient pas de la ville métallique et grise où vivent des milliers d'humains, mais de la Cathédrale, qui renferme les appartements chatoyants et somptueux des dieux. Ainsi, la lumière n'est pas synonyme de "bien" dans ce roman. Au contraire, il faut s'en méfier ! C'est dans les ombres qu'évoluent la justice et la bonté : les petites maisons pauvres de Cendrelune, les ruelles sales, ou encore les cachots de la Cathédrale...
Dans ce roman sombre, les choses ne sont pas ce qu'elles paraissent, et c'est une des leçons que Céphise va devoir apprendre.

Pour conclure, je suis absolument séduite par cette histoire et j'attends de pied ferme le mois d'octobre prochain pour me procurer la suite !


Ce livre a été lu dans le cadre du Prix Littéraire de l'Imaginaire Booktubers App.



Les Brumes de Cendrelune, tome 1 : Le jardin des âmes, Georgia Caldera, éd. J'ai lu pour elle, 2019. #ISBN9782290165614

mercredi 8 avril 2020

Les Ombres d'Esver, de Katia Lanero Zamora


Katia Lanero Zamora est une autrice belge, et a publié aux éditions ActuSF Les Ombres d'Esver, un roman de fantasy à la couverture magnifique signée Alexandra V. Bach. Je remercie d'ailleurs l'équipe d'ActuSF pour ce SP et leur confiance. Ce livre m'a beaucoup plu et je vous dis pourquoi.

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Amaryllis vit recluse dans le manoir d'Esver, qui tombe en décrépitude. Étudiant d'arrache-pied la botanique sous la houlette sévère de Gersande, sa mère, l'adolescente rêve de s'échapper et de partir en voyage. Chaque soir, avant de se coucher, elle est contrainte d'avaler une étrange mixture qui la plonge dans un sommeil comateux dans lequel veillent des ombres terrifiantes et qui est censée contenir sa "maladie". Mais cette vie austère pèse lourd sur ses épaules, tout comme la contrainte de ses nuits faites de néant. Que se passerait-il si elle arrêtait son traitement ? Si elle désobéissait à sa mère, qui rêve de la voir intégrer le prestigieux institut de botanique Théophraste d'Erésos ? Et surtout, Amaryllis est-elle prête à découvrir les secrets d'Esver ?

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Avec Les Ombres d'Esver, Katia Lanero Zamora nous plonge de sa plume élégante dans un univers sombre et énigmatique. J'ai apprécié l'esthétique gothique du manoir : la bâtisse qui tombe en ruines, pleine de courants d'air et de passages secrets, le lierre mangeant les murs, les plantes exotiques étudiées par les deux femmes envahissant l'espace de vie, la serre, etc. Esver est une ode aux châteaux froids et tempétueux des romans gothiques anglais. Cette influence se retrouve dans les deux personnages principaux : Amaryllis et Gersande sont deux femmes avec un lourd passé, chétives et mal habillées, qui ont été maltraitées et abandonnées. Mais un feu les habite : la passion de la botanique pour Gersande, le désir de vérité pour Amaryllis. La comparaison avec les héroïnes des romans gothiques s'arrête là, car sous leurs airs fragiles, ce sont deux femmes fortes qui se battent pour ce qu'elles ont de plus cher. L'aspect gothique-fantastique se joue également dans le flou concernant le monde merveilleux qu'Amaryllis arpente la nuit. On peut se poser la question de savoir si elle rêve ou si tout ce qu'elle vit est réel...

Sous ses allures fantastiques, ce roman de fantasy mêle deux mondes encastrés l'un dans l'autre : l'Esver froid et triste qui se compose du château et de son immense jardin dans lequel évolue Amaryllis par défaut, et l'Esver magique, qui se trouve être un pays composé de multiples paysages et créatures telles que Féroce le bucentaure, Rouage le garçon aux jambes de fer, ou encore la Vouivre, qui veille de sa grande ombre ailée sur le royaume d'Esver. Pour entrer dans ce monde merveilleux, l'adolescente doit attendre 20h44, l'heure fatidique à laquelle elle est censée se coucher, heure à laquelle les ombres qui la guettent apparaissent... Ces mondes parallèles cohabitent avec beaucoup de mal, jusqu'à ce qu'Amaryllis décide d'arrêter son somnifère et de prendre sa vie en main.

J'ai beaucoup apprécié la relation mère-fille. Au départ, Amaryllis est passive et étouffe ses élans de liberté pour obéir - et faire plaisir - à sa mère. Cette dernière décide de tout pour sa fille ; leur relation est clairement toxique. Mais plus le récit avance, plus la jeune fille s'ouvre au(x) monde(s) ; et plus Gersande menace, pleure, panique, perd le contrôle, plus Amaryllis lui échappe et finit par découvrir la vérité : qui est vraiment sa mère, sous ses dehors froids et distants ? Leur duo conflictuel est également mis à mal par le père : Aurélien Dupont, terrible homme d'affaires qui les a abandonnées après le fameux jour où tout a basculé. Ce fameux jour est imagé par les reliefs de la fête qui a eu lieu dix ans plus tôt. Gersande a souhaité laisser en état la pièce, si ce n'est en guise de souvenir, alors en guise de punition. Violent et manipulateur, Aurélien fomente le mariage de sa fille avec son associé afin de revendre le manoir. Gersande souhaite à tout prix éviter ce sort funeste à sa fille.

Plus qu'un roman de fantasy, Les Ombres d'Esver est un roman d'émancipation féminine, représentée par un objet porté par Amaryllis, doté de multiples usages et symboles : le pic à cheveux (symbole de la condition féminine par excellence), qui se transforme en épée (symbole phallique et de pouvoir qu'Amaryllis s'octroie sans hésitation, épée avec laquelle elle pourfend ombres et monstres), et qui se trouve être au départ... la base d'une plume (symbole de l'érudition, par laquelle Gersande souhaite émanciper sa fille du contrôle paternel, tout-puissant même à distance).

Le dénouement est sans aucun doute la partie que j'ai préférée. Toutes les pièces du puzzle se mettent en place, et on comprend davantage le caractère maniaque et autoritaire de Gersande, et qui se cache derrières les ombres envahissant Esver, même si je m'en doutais un peu. La quête menée par Amaryllis pour délivrer Esver - et par la même occasion guérir sa mère (sa blessure physique reflétant la blessure du passé jamais cicatrisée) -, est semblable à un parcours initiatique : chaque partie du monde merveilleux d'Esver qu'elle visite correspond à une pièce du manoir, dans lesquelles on retrouve des indices sur l'époque fastueuse menée par la famille et ce qui a mené à sa déchéance, jusqu'à l'objet clef : un rubis. L'image de la jeune fille rendant la pierre précieuse à sa mère symbolise un nouveau lien, sans faux-semblants. Le dénouement apporte des éléments de réponse, mais les deux derniers chapitres ajoutent une couche de mystère. Finalement, le roman laisse le lecteur sur sa faim.

Pour conclure, je n'ai pas vraiment de bémols à apporter à ma chronique analyse, même si par exemple, j'aurais aimé qu'un soin tout particulier soit apporté au style, qui est parfois maladroit et pléonastique, ainsi qu'à la correction (des erreurs orthographiques sont malheureusement restées). Dans l'ensemble, j'ai passé un très bon moment de lecture et je vous la recommande !


Les Ombres d'Esver, Katia Lanero Zamora, éd. ActuSF, coll. "Naos", 2019.

mercredi 1 avril 2020

Dormir sans larmes, de Rosa Jové


Maman depuis un peu plus de 5 mois, je m'intéresse beaucoup au maternage proximal et à l'allaitement - que je pratique. Je lis régulièrement des articles et des livres sur ces sujets, c'est pourquoi je leur consacrerai désormais des chroniques. Comme tout parent, le sommeil de mon bébé est une source perpétuelle d'inquiétude et... de fatigue 😅. Souhaitant comprendre comment fonctionne ma fille et ce que je peux améliorer, je me suis plongée dans Dormir sans larmes, de la pédopsychiatre espagnole Rosa Jové. Ce livre est une référence en la matière. Il n'est pas révolutionnaire, il ne propose pas de concept magique pour faire dormir nos enfants, il remet simplement les choses à leur place et explique le fonctionnement du sommeil chez les tout-petits.

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Ainsi, cet essai se découpe en 3 grands chapitres : 1) S'informer : à la lumière des dernières découvertes neurologiques, l'autrice s'attache à expliquer le processus du sommeil chez les tout-petits et lorsqu'ils grandissent, ainsi que les différentes phases qui le composent ; 2) Évaluer : lorsque le sommeil devient un problème, l'autrice permet d'analyser s'il s'agit d'une erreur d'interprétation des besoins de bébé, d'un manque d'informations, d'une mauvaise synchronisation entre le rythme de l'enfant et des parents, puis dans une seconde partie, s'attaque aux troubles du sommeil, qui, eux, ont besoin d'une intervention pédiatrique ; 3) Intervention : enfin, Rosa Jové dénonce les méthodes de dressage du sommeil qui consistent à laisser bébé pleurer, en expliquant en quoi elles sont néfastes, et fait la liste des médications proposées pour aider au sommeil (anxiolytiques et médicaments plus "naturels") qui sont généralement à proscrire ; à la place elle donne aux parents de précieux conseils pour analyser les difficultés de sommeil de l'enfant ainsi qu'une méthode "douce" pour améliorer tout cela.

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J'ai grandement apprécié ce guide, qui m'a appris et rassurée sur le fonctionnement de ma petite fille (une bonne dormeuse, mais qui se réveille énormément depuis un mois et demi et ne fait ses siestes que sur moi au sein). Dormir sans larmes est une mine d'informations : ainsi on apprend que le rythme naturel des bébés est de 25h et non 24h, que le sommeil est un apprentissage plus ou moins long, entre autres parce qu'il est composé de plusieurs phases, qui apparaissent au fur et à mesure que l'enfant grandit, que le sommeil s'acquiert vers 3 ans, qu'il est souhaitable et physiologique que le bébé se réveille souvent la nuit, un réflexe qui lui permet notamment d'éviter la mort subite du nourrisson, ou encore que l'allaitement maternel aide à l'endormissement. En parlant d'allaitement, j'ai trouvé honnête et important qu'elle en fasse la promotion dans son livre, puisque c'est l'alimentation la plus adaptée aux bébés, et que le lait maternel contient un acide aminé essentiel qui favorise... le sommeil ! De la même manière, l'autrice promeut le cododo, banni de nos sociétés occidentale depuis un siècle. Elle explique clairement les bienfaits du dormir-ensemble, qui a été la seule façon de dormir pendant des siècles et l'est encore dans certaines cultures. Plus qu'un guide bienveillant, il dénonce le rythme épuisant et artificiel de notre vie occidentale, qui ne prend pas en compte les besoins des êtres humains et particulièrement des tout-petits, qui ont un besoin accru de la présence de leurs parents, de patience et d'amour. Or, comment leur donner tout cela quand on doit aller travailler 8h/jour ? 

Autre point très important de ce livre : l'autrice critique formellement toutes les méthodes d'endormissement qui laissent les bébés pleurer. En effet, ces dernières semblent a priori efficaces, mais elles démontrent un manque d'empathie et de connaissances flagrant du bébé. De plus, ces méthodes de dressage au sommeil sont délétères pour le cerveau du tout-petit, l'empêchant de bien se développer en favorisant des hormones néfastes en trop grandes quantités telles que le cortisol. Psychologiquement, ce dressage amène divers troubles qui peuvent survenir à l'adolescence ou adulte comme l'anxiété, la dépression, et entraîne l'enfant à ne plus prêter attention à son intériorité : il apprend en effet à se résigner car personne ne répond à ses appels, à ne plus prendre en compte ses émotions, et se retrouve dans un état d'hypervigilance qui est évidemment dommageable. Je lis encore trop de témoignages de parents qui disent laisser leur enfant pleurer, et j'ai déjà reçu des "conseils" en ce sens, preuve que cette théorie est encore trop bien ancrée. Qu'on se le dise une bonne fois pour toute : NON, laisser pleurer son enfant ne lui apprend pas à dormir ; cela lui apprend qu'ils ne peut pas compter sur ses parents ! 

Dormir sans larmes ne propose donc pas de formule toute faite pour faire dormir bebe, et c'est sans doute ce qui peut décevoir. Il s'adresse davantage aux parents désireux de comprendre au mieux les besoins de leur enfant et de se remettre en question. En effet, bébé sait dormir et saura faire des nuits qui plairont aux parents. Pour cela, 3 mots d'ordre : cododo, amour et patience. 

En conclusion, ce livre m'a beaucoup plu car j'y ai trouvé des réponses à mes questions, il m'a rassurée sur ce que je faisais déjà (à savoir l'allaitement à la demande et le cododo), a démonté les mythes de l'enfant-roi qui ne saura jamais dormir si on le le laisse pas pleurer tout seul dans sa chambre, et donne une nouvelle énergie pour redoubler de patience et de zen-attitude face à ce grand défit de la parentalité : faire dormir son enfant !

Extraits choisis (je n'ai pas les numéros de pages car j'ai lu sur ma liseuse) :

Chap. 1, point 2 : Le sommeil entre 4 et 7 mois de caractérise par son instabilité, puisqu'il voit l'émergence des phases encore manquantes, auxquelles l'enfant doit s'adapter. C'est une période de transition, et les réveils y sont très fréquents (parfois même plus que pendant la première période). Pourquoi, me désirez-vous ? Mais parce qu'il fait des essais ! Il y a des nouvelles phases, des changements, et l'enfant doit les tester pour les apprendre.

Idem : Pourquoi les enfants seraient-ils susceptibles de développer une dépendance à vie à la compagnie de leurs parents plutôt qu'à celle de leur nounours, c'est là mystère et boule de gomme : les experts n'en ont donné jusqu'ici aucune explication. Mystère d'autant plus grand que l'on ne connait aucun cas d'adulte sain d'esprit qui exigerait la présence de ses parents pour s'endormir - mais il est vrai que j'en connais quelques-uns qui ont besoin pour dormir d'un objet substitutif. 

Chap. 3, point 2 : L'heure de dormir avait sonné pour notre enfant ; il vient de passer beaucoup de temps à pleurer (ce qui l'a beaucoup fatigué) et là-dessus il a reçu une décharge violente d'opiacés, endorphines, sérotonine...
Comment s'étonner qu'il soit complètement exténué et s'endorme ? Voilà, c'est à cela que se résument les méthodes pour dormir. Mais ne vous y trompez pas ! Le bébé n'a pas appris à dormir, c'est seulement qu'il s'est "autodrogué".


Dormir sans larmes, Rosa Jové, éd. les Arènes, 2017. 

mercredi 19 février 2020

#PLIB2020 Vert-de-Lierre, de Louise Le Bars


Louise Le Bars m'avait approchée en 2018 afin que je lise et chronique son roman Vert-de-Lierre, alors autoédité. Finalement, je l'ai découvert une fois édité chez Noir d'Absinthe, illustré magnifiquement par Marcela Bolívar. Ce roman descend tout droit du décadentisme du XIXe, et a été adoubé par l'autrice Amélie Nothomb. Au départ dans ma pàl du Pumpkin Autumn Challenge 2019, il aura été lu dans le cadre du PLIB, et j'espère qu'il sera parmi les 5 livres finalistes ! Vert-de-Lierre est le deuxième roman que je lis des éditions Noir d'Absinthe, et je dois dire que pour une petite et jeune maison, je suis ravie de leurs choix éditoriaux !

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Olivier Moreau est un jeune écrivain de polars. De retour dans le village de sa grand-mère récemment décédée afin de mettre de l'ordre dans la maison familiale, il découvre la légende du Vert-de-Lierre, une étrange créature végétale qui se nourrit des hommes pour traverser le temps. Alors qu'il cherche en vain l'inspiration pour un second roman, ce mythe l'interpelle au plus haut point, et il se met à la chasse aux indices afin d'en apprendre davantage. C'est ainsi qu'il rencontre une étrange dame en noir, et, se rendant à son manoir, sa nièce : une jeune femme nommée Rose. Débute alors pour Olivier une obsession pour cette rousse au charme énigmatique, avec laquelle il noue une relation faite de longs après-midis dans le jardin du manoir à parler art et littérature...

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Vert-de-Lierre est un premier roman subtile, envoûtant et instruit, il plonge le lecteur dans un raffinement langagier et imagé dès les premières lignes. La couleur gothique est fidèlement réalisée, tout en n'étant pas pastichée. Quant au mysticisme, l'autrice réussit un livre avec plusieurs degrés de lectures symboliques. Écrit à la première personne, le roman est fait de récits enchâssés et de mise en abyme : le narrateur n'est autre qu'Olivier Moreau, qui se voit prêter un manuscrit rédigé par Rose racontant l'histoire d'une certaine Mary, victime du Vert-de-Lierre, du point de vue interne. Le manuscrit se trouve être l'enjeu du roman, tenant le narrateur en haleine et renforçant son obsession pour l'autrice. Il est également la clef du mystère entourant Rose et sa tante... 

Louise Le Bars parsème son récit de tics et clins d’œil littéraires du XIXe. Ainsi Olivier Moreau ne serait-il pas une référence au peintre symboliste, Gustave, du même nom ? Ce jeune écrivain naïf se voit torturé par le manque d'inspiration, thème largement exploité en poésie au XIXe - on pense très fort à La Muse malade de Baudelaire, métaphore même du manque d'inspiration -, et la retrouve grâce à sa rencontre avec Rose, qui passe la majeure partie de son temps dans son jardin à soigner les fleurs. La muse à la chevelure de feu est une digne héritière des femmes fatales dépeintes et décrites par les artistes des mouvements préraphaélites, symbolistes et décadents ; tour à tour victime et boureau, Rose est finalement l'actrice principale de ce roman suave et déroutant, phagocytant l'esprit du narrateur. Cela fait penser quelque peu au mythe du vampire, rendu célèbre grâce au Dracula de Bram Stoker. Et en effet, le fameux Vert-de-Lierre dont la jeune femme est l'hôtesse est un esprit végétale se nourrissant de la sève des hommes, comme le lierre se nourrit de la sève des arbres... Un autre personnage ressemble fortement à une figure célèbre du XIXe siècle : Oscar Wilde. Il s'agit de l'époux de Mary, Nathaniel, dandy et fin esthète, et qui a des penchants homosexuels. Il compare d'ailleurs sa femme à Lilith et Méphistophéla, clin d’œil aux mythes du vampire et de la femme fatale, et la déifiant au passage.

On s'aperçoit que le jardin est un élément central du roman ; il est à l'image de la maîtresse des lieux : à la fois frais et capiteux, il est l'alcôve végétale des amours de Rose. Il m'a fait penser au Jardin des supplices d'Octave Mirbeau, en nettement moins sadique. Le narrateur observe souvent à la dérobée sa dulcinée, décrivant là une nuque parsemée de taches de rousseurs, ici la main délicate s'occupant des roses, comme autant de tableaux préraphaélites (je pense à J. W. Waterhouse). Le jardin est aussi une réminiscence de la vie sauvage qu'a menée Rose, ou Mary, le personnage de son récit qu'elle offre à Olivier. Le mythe de la femme qui serait reliée à la nature est très prégnant depuis le Moyen Âge : sorcière des bois ou jeune nymphe se baignant dans un ru ombragé, soumise à son utérus, la femme est un être entouré de secrets et de préjugés sexistes. 

Le XIXe ne l'épargne pas en littérature, mais aussi... en psychiatrie. Le récit enchâssé de Rose raconte le passage de la jeune paysanne Mary en hôpital psychiatrique afin de la traiter pour hystérie. Ce chapitre pointe du doigt les horribles traitements qu'ont pu subir nombre de femmes faussement accusées de folie par leur époux ou leur entourage. La psychiatrie s'est ainsi construite sur la torture de nombreuses victimes féminines. En parlant de troubles psychiatriques, un autre thème est traité : celui du double, à la Dr Jekyll et Mr Hyde. En effet, lorsque le Vert-de-Lierre hante sa victime - ici Mary -, un changement de personnalité s'opère, et son hôte ne se souvient de rien lorsque le lierreux se réveille...

Vert-de-Lierre est un court roman finement construit dont je ne peux retranscrire tous les éléments d'analyse. Histoire d'amour d'un écrivain pour sa muse, histoire de l'émancipation d'une femme de sa condition, conte gothique aux accents mystiques, ce livre sort du paysage fantasy habituel et rend un hommage saisissant à la littérature décadente de la fin de siècle.


Ce livre a été lu dans le cadre du Prix Littéraire de l'Imaginaire Booktubers App.




Vert-de-Lierre, Louise Le Bars, éd. Noir d'Absinthe, 2019. #ISBN9782490417247