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dimanche 8 septembre 2019

Maleficium, de Hilda Alonso



J'avais déjà chroniqué Ce dont rêvent les ombres, roman onirique édité en 2016 que j'avais beaucoup apprécié, et voilà que pour inaugurer le Pumpkin Autumn Challenge j'ai décidé de retrouver la plume de Hilda Alsonso avec Maleficium, recueil de textes autoédité en 2018. J'ai eu le plaisir de plonger dans un univers ensorcelant !

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Pactiser avec le démon, lancer un sort d'amour, s'abreuver de l'énergie de ses fans, irriter une sorcière et se retrouver aphone, empoisonner la maîtresse maltraitante, protéger Avalon, faire peur aux gamins à Halloween, se venger d'une amie, etc., voilà une partie des facettes de la magie que renferme ce recueil. Sorcières et sorciers flouent et se font flouer : un sort mal formulé, un dieu facétieux, et voilà que la magie n'opère pas comme elle le devrait ; prudence. Comme le rappelle la quatrième de couverture : "La magie n'est ni bonne ni mauvaise. tous nos actes ont des conséquences. Toutes nos paroles aussi."

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Hilda Alonso a l'art des ambiances magiques. Sa plume poétique est un régal et nous embarque dans ces petites nouvelles dès la première page. Maniant les différents points de vue, on se retrouve tour à tour déesse ou sorcier(ère), jeteur de sort ou victime. 
Le livre en lui-même est fabriqué comme un grimoire, les parties sont nommées selon les phases de la lune, chacune accompagnée d'une illustration réalisée par l'autrice elle-même. J'ai trouvé l'arrangement original et bien pensé : chaque partie nous emmène encore un peu plus loin dans les contrées sorcières. La première est centrée sur un seul personnage, ce qui m'a prise de court  : avais-je dans les mains un recueil ou un roman ? C'est donc le plus long texte du recueil et je l'ai trouvé judicieux car il donne le ton : la sorcellerie présente dans ce petit livre est sombre, à ne pas prendre à la légère ; les autres textes sont parfois très courts, mais peut-être plus percutants, comme "Respondent omnia sylvae" (une étrange excursion en forêt) et "Vindicta" (une servante empoisonneuse). Si ces récits sont frappants c'est aussi grâce aux chutes, à la fois incisives et implicites, nous laissant toujours la possibilité d'imaginer ce qui s'est vraiment passé.
La dernière partie, "Addenda : Opus crepusculi", propose des sorts, poèmes ou recettes magiques à destination du lecteur curieux et facétieux, dont un qui m'a fait sourire et que je vous copie ici :

Baume au cœur

Pour ce charme, tamiser la lumière.
Allumer l'âtre.
Préparer du café en quantité suffisante.
Se munir d'une couverture, de bons coussins, d'un livre.
Mettre de grosses chaussettes.
Appeler son chat.

Laisser agir pendant quelques minutes.

Aucune magie ne peut mettre du baume au cœur :
c'est à toi de prendre soin de toi
aussi bien et aussi souvent que possible.

L'autrice m'a fait parvenir avec son livre une petite lettre expliquant quelques bévues : le recueil a été fait trop rapidement, et il reste donc des coquilles. Mais ce qui est le plus gênant, c'est le manque de numéros de pages... Heureusement que le livre est court pour pouvoir s'y retrouver ! J'ajouterais également le manque de qualité en ce qui concerne la police des titres, les symboles et les illustrations, ce qui peut donner une mauvaise impression quant à la qualité réelle des textes. Je comprends toutefois que faire imprimer soi-même ses livres soit cher, mais j'ai trouvé ça dommage. L'autrice a d'ailleurs rassemblé Maleficium et un autre recueil, Ænigma, en un seul livre intitulé Sort, contre-sort, disponible via The Book Edition. Gageons que cette formule soit plus jolie !
Je n'ai pas vraiment de points négatifs à apporter aux textes en eux-mêmes, à part que certains me semblent vraiment trop brefs, car il y a matière à développer, mais il s'agit du choix de l'autrice que de nous laisser nager dans le mystère. Ce serait peut-être le dernier point : beaucoup de textes sont nébuleux, et pour un lecteur pointilleux, plus de précision serait bienvenue.

Pour conclure, je recommande chaudement ce petit livret aux amateurs de fantastique et de sorcellerie ! On dévore ces nouvelles en un clin d’œil, et ça tombe bien, j'ai Ænigma en réserve ;).


Ce roman a été lu dans le cadre du 7e challenge de littérature de l'imaginaire et du Pumpkin Autumn Challenge.



dimanche 11 août 2019

Sorcière de chair, de Sarah Buschmann


Sarah Buschmann est une jeune autrice française. Psychologue de métier, elle a d'abord publié plusieurs nouvelles avant de faire éditer son roman Sorcière de chair aux éditions Noir d'Absinthe, petite maison d'édition spécialisée dans la fantasy que je découvre avec ce livre. Bien lui en a pris puisque ce premier roman a été finaliste pour le Prix Masterton 2019. Sorcière de chair est un mélange d'urban fantasy et de thriller qui m'a beaucoup plu. Attendez-vous à ne plus voir les sorcières sous le même angle !

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2016, Melbourne. Arabella Malvo, lieutenant de la brigade criminelle, est chargée d''enquêter, avec ses collègues Nolan et Chiara, sur une série de violents meurtres. Tous ces assassinats ont pour points communs la ressemblance des victimes entre elles et l'inspectrice, et le modus operandi : il semblerait qu'une sorcière soit à l’œuvre dans les parages... Arabella va devoir replonger dans les affres de son obscur passé pour résoudre l'affaire, en ressortira-t-elle indemne ?

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Ce roman m'a séduite à la fois par le mélange des genres et l'originalité de l'histoire. La plume de l'autrice est fluide et riche, elle sait se faire poétique et tranchante selon les descriptions et actions. Ainsi, on plonge dès les premières pages dans l'horreur, avec des scènes de carnage minutieusement décrites ; on sent la petite touche sadique de l'autrice, et ce n'est pas pour déplaire. On reste fasciné devant les détails morbides et on en redemanderait presque ! 

Arabella est une anti-héroïne particulière : physique maigre et passe-partout, caractère cynique et mutique. Ces qualificatifs ne font pas d'elle quelqu'un de mystérieux, elle semble presque antipathique au premier abord. Au fil de la lecture, on assemble le puzzle de son passé torturé grâce aux flashbacks qui s'égrainent tout au long du récit, et on comprend mieux son caractère particulier, jusqu'à finalement s'attacher à elle. L'autrice réussit à planter des personnages convaincants, dont on découvre au fur et à mesure la profondeur, et qui surprennent. (Peut-être est-ce dû à son métier de psychologue ?) Les personnages secondaires prennent en densité, tandis que le masque d'Arabella craque petit à petit...

L'aspect thriller est bien rendu : l'enquête est de plus en plus glaçante, la brigade patauge et n'arrive pas à empêcher les meurtres ; l'atmosphère chaude et humide de Melbourne et Darwin, deux villes australiennes, accentue la sensation d'étau qui se resserre au fur et à mesure de la lecture. De plus, la touche de fantasy se marie surprenamment bien ! L'autrice dévoile un univers magique discret et sombre, loin des clichés de la sorcellerie habituels. Les sorcières sont des êtres plutôt maléfiques et manipulateurs : elles s'immiscent dans le cerveau des autres et jouent avec les différentes partie du cortex pour obtenir ce qu'elles désirent : des informations, en faire des marionnettes, tuer, etc. La sorcellerie est démystifiée, analysée : on sait comment le pouvoir fonctionne et l'étude des neurosciences permet aux sorcières de mieux contrôler leur pouvoir. Cet aspect scientifique et "froid" de la sorcellerie apporte une grande originalité au récit et renforce le côté "réel" de l'intrigue. On ne sait plus si on lit de la fantasy ou un simple thriller, dont l'action se passerait dans notre monde actuel. Le titre Sorcière de chair fait référence à une deuxième catégorie de sorciers et sorcières : immortels mais moins puissants que les sorciers "normaux", ces êtres sont à rapprocher des vampires : ils doivent se nourrir de sang pour survivre. J'ai beaucoup apprécié ce clin d’œil au mythe vampirique !

Pour conclure, je n'ai pas de points négatifs à apporter à ce roman, si ce n'est qu'il est trop court ! La fin n'en est pas une, et j'ai cru comprendre qu'un deuxième tome était en préparation, ouf ! Sarah Bushmann délivre là un récit sombre et tourmenté, une plongée dans la psyché torturée du personnage principal et dans une enquête sordide, dont on ressort frustré. Vivement la suite !


Ce roman a été lu dans le cadre du 7e challenge de littérature de l'imaginaire.



Sorcière de chair, Sarah Buschmann, éd. Noir d'Absinthe, 2018.

dimanche 4 novembre 2018

Sorcières. La puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet



Vous n'avez pas pu le louper : en septembre est paru Sorcières. La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet. Cette dernière, journaliste au Monde diplomatique, a déjà publié chez Zones en 2012 Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine, un essai féministe interrogeant et analysant les tenants et aboutissants de l'industrie de la beauté et de la mode, et les diktats esthétiques imposés aux femmes. Avec Sorcières, l'auteure continue dans la veine féministe, en intégrant toutefois des morceaux de sa vie personnelle, comme pour montrer à quel point l'écriture de cet ouvrage lui a été important. Cette fois, elle a exploré la figure de la sorcière, chassée à la Renaissance, ennemie du patriarcat et reléguée au rang de vieille femme aigrie et empoisonneuse des contes de fées. Mona Chollet a distingué trois visages contemporains de la sorcière qu'elle analyse : la femme indépendante, la femme sans enfants, et la femme âgée.

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Cet essai ne retrace pas l'histoire de la sorcellerie, il n'est pas non plus un traité de magie. C'est un essai féministe avant tout qui démontre combien la chasse aux sorcières a toujours des répercussions dans notre société d'aujourd'hui, sa construction sur les cendres de ces femmes torturées et tuées à cause des hommes, de leurs superstitions et de la religion chrétienne. La sorcière fut le bouc émissaire parfait d'une société en pleine guerre de religions et en pleine mutation : le passage du Moyen Âge à l'ère des Lumières, de la raison, qui ne fut pas non plus exempte de misogynie. L'auteure explique par exemple à quel point l'invention de l'imprimerie fut un réel adjuvant pour la chasse aux sorcières : le triste et célèbre Malleus Maleficarum fut le best-seller de l'époque. Ces sorcières, c'était des guérisseuses, des sages-femmes, des veuves, des vieilles femmes, toutes celles qui dérangeaient, qui étaient "hors-normes", de par leurs savoirs et leurs façons de vivre. Une femme vivant seule et connaissant les plantes, vous n'y pensez pas ! Mona Chollet explique parfaitement comment la chasse aux sorcières a enterré les connaissances féminines ; comment sur ces bûchers s'est construite la médecine moderne, dont les femmes ont été longtemps exclues ; comment le lien entre l'humain et la nature s'est brisé : une rationalisation de la vie froide et technique, une compartimentation du corps et de l'esprit, et donc un corps sale, délaissé, que les femmes n'ont plus eu le droit de soigner. 
L'auteure propose en trois parties qui sont les héritières de ces sorcières assassinées. Ce sont celles qui mènent une vie hors des clous, qui dérangent, qui s'approprient leur corps et leur espace, qui n'écoutent qu'elles-mêmes. Ce sont des femmes libres, indépendantes, qui ne se teignent pas les cheveux, qui assument leur non-désir d'enfant, qui vieillissent sereinement, sans se soucier de leur image. Elles ne plient pas l'échine face aux diktats esthétiques actuels. Ce sont aussi celles qui se sont réapproprié les connaissances des plantes, des minéraux, qui ont réhabilité un savoir féminin "sacré", et ont pour guide spirituel une Mère Nature, celles qui se disent, au XXIe siècle, "sorcières", et griffonnent des formules piochées sur Internet dans leur grimoire à la nuit tombée, à la lueur des bougies.

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D'une écriture fluide et convaincante, Mona Chollet a réussi le pari d'un livre faisant le lien entre ces femmes oubliées par des siècles d'Histoire masculine, et les femmes d'aujourd'hui. L'ouvrage est bardé de références : on croise Guy Bechtel, Silvia Federici, Starhawk, Gloria Steinem, ou encore Martin Winckler. J'ai particulièrement apprécié la dernière partie : "Mettre ce monde cul par-dessus tête. Guerre à la nature, guerre aux femmes", qui met en parallèle la destruction de la nature avec l'étouffement de la liberté des femmes. Je vous en recommande chaudement la lecture !

Voici un extrait, qui a profondément fait écho en moi :

Je formule et reformule sans cesse une critique de ce culte de la rationalité (ou plutôt de ce qu'on prend pour de la rationalité) qui nous paraît si naturel que nous ne l'identifions souvent même plus comme tel. Ce culte détermine à la fois notre manière d'envisager le monde, d'organiser la connaissance à son sujet, et la façon dont nous agissons sur lui, dont nous le transformons. Il nous amène à le concevoir comme un ensemble d'objets séparés, inertes et sans mystère, perçus sous le seul angle de leur utilité immédiate, qu'il est possible de connaître de manière objective et qu'il s'agit de mettre en coupe réglée pour les enrôler au service de la production et du progrès. Il reste tributaire de la science conquérante du XIXe siècle, alors que, depuis, la physique quantique est venue jeter le trouble dans cet optimisme, pour ne pas dire dans cette arrogance. Elle nous parle plutôt d'un monde où chaque mystère élucidé en fait surgir d'autres et où, selon toute vraisemblance, cette quête n'aura jamais de fin ; d'un monde où les objets ne sont pas séparés, mais enchevêtrés les uns aux autres ; où l'on a d'ailleurs affaire plutôt avec des flux d'énergie, à des processus, qu'à des objets à l'identité stable ; où la présence de l'observateur influe sur le déroulement de l'expérience ; où, loin de pouvoir s'accrocher à des règles immuables, on constate de l'irrégularité, de l'imprévisibilité, des "sauts" inexplicables. C'est tout cela qui fait dire à Starhawk que la physique moderne confirme les intuitions des sorcières. 


Sorcières. La puissance invaincue des femmes, Mona Chollet, éd. Zones, 2018.

vendredi 27 avril 2018

Âme de sorcière, ou la magie du féminin, d'Odile Chabrillac



Je ne suis pas quelqu'un de spirituel, j'ai besoin de preuves tangibles pour penser que quelque chose puisse être vrai, pour "croire". Malgré mon caractère rêveur, je suis très rationnelle. Cela ne m'empêche pourtant pas d'explorer les questions ésotériques et mystiques, surtout quand cela touche à la magie. Je suis fascinée depuis l'enfance par la figure de la sorcière. Je me reconnais instinctivement dans plusieurs femmes qui font les légendes, comme Morgause (mon ancien pseudonyme) ou Morgane, les déesses lunaires comme Hécate, ou encore dans la saga Harry Potter, qui a bercé toute mon adolescence, et qui me touche profondément. C'est pourquoi je lis à peu près tout ce que je trouve sur les sorcières. Évidemment, quand une de mes rédactrices pour Faunerie a chroniqué Âme de sorcières, ou la magie du féminin, d'Odile Chabrillac, cela m'a intriguée. Quelques jours plus tard, une amie a souhaité se rendre au Gibert ésotérique, et je suis tombée nez à nez avec ce livre. Ni une, ni deux, je l'ai embarqué. Sympathique coïncidence, non ?

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Odile Chabrillac est une naturopathe et psychothérapeute, en plus d'être auteure. Âme de sorcière, ou la magie du féminin, est le témoignage d'un parcours initiatique : la construction d'une femme, et plus précisément, d'une sorcière. L'auteure souhaite réhabiliter ce qualificatif, qui a longtemps été corrélé au Diable - car tout le monde sait que la sorcière mange des enfants et se fait prendre par le Cornu lors des sabbats ! -, et en propose une définition moderne, gardant toutefois son histoire controversée. Une sorcière, c'est une femme épanouie dans sa vie, dans sa féminité, sa sexualité, et sa vie spirituelle. Elle fait fi des conventions sociales, elle s'écoute, et tant pis si ça dérange ; elle veut rester vraie, être en accord avec elle-même et la nature.

L'auteure propose un retour dans l'Histoire, afin de mieux cerner le personnage et ce qu'il a enduré à travers des siècles de misogynie sous le christianisme, mais surtout, elle conte toutes ces femmes, ces guérisseuses, sages-femmes, qui ont été mises sur le banc de la société parce qu'elles faisaient de l'ombre à la médecine masculine, qui a tout fait pour que les femmes et leur corps soient dissociés. Justement, cet essai parle de corps : l'auteure invite les femmes à se libérer sexuellement, à oser, à s'affirmer, à se connaître. La sorcière est une femme qui s'assume et connaît son plaisir sans jamais en avoir honte. C'est dit : la sorcière est féministe.

La sorcière explore également sa dimension spirituelle et magique, à travers des rituels, la célébration des saisons, des éléments. Elle écoute sa voix intérieure, aiguise son instinct. Chaque femme qui souhaite développer son esprit utilise ses vecteurs magiques favoris, qu'ils soient pendules, cartes de Tarot, pierres, etc. La sorcière est évidemment très intéressée par l'environnement et se veut proche de la nature. En effet, elle tient ses savoirs des plantes, qui ont trois facettes : l'une qui guérit, une autre qui empoisonne, et une dernière spirituelle. L'auteure propose aux femmes qui souhaitent devenir des sorcières de s'approprier cette culture des plantes, et de vivre en harmonie avec le cycle des saisons.

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En somme, c'est un livre très agréable à lire, au style fluide, qui propose une vision intéressante de la sorcière d'aujourd'hui. J'ai apprécié que l'auteure livre son témoignage et offre un rapide panorama de la sorcellerie à travers les âges, et qu'elle propose un féminisme axé sur les spécificités féminines, longtemps boudées ou uniquement mises en avant pour des questions essentialistes qui font le jeu du patriarcat (la femme n'est bonne que pour enfanter, elle est plus faible, etc.). J'ai trouvé la partie ésotérique assez intéressante, même si le détail du Tarot ou des rituels étaient assommants. Par ailleurs, alors que les chapitres sont très courts et tout de même assez superficiels, j'ai trouvé étrange que l'auteure se soit attardée à détailler toutes les arcanes du Tarot.

C'est un livre qui fait toutefois du bien : l'auteure rappelle qu'on a notre place à prendre, qu'elle n'est pas définie et qu'on est maîtresses de notre vie ! Elle nous invite à nous réapproprier notre histoire, nos racines, notre corps, à prendre confiance en nous et à nous entraider. Dans ce monde où les femmes sont mises compétition non seulement dans le monde du travail, mais aussi dans l'intimité, il est bon de réinstaurer une sorte de sororité. Odile Chabrillac réussit, en l'espace de quelques pages, à nous insuffler une part de "féminin sacré", et à nous délester du fardeau des injonctions à la femme parfaite, qui nuit à notre santé mentale comme physique. Soyons libres, mes sœurs !


Âme de sorcière, ou la magie du féminin, Odile Chabrillac, éd. Solar, coll. "Harmonie", 2017.