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dimanche 21 avril 2019

Promenons-nous dans les bois, de Gwladys Viscardi


Promenons-nous dans les bois est un roman de Gwladys Viscardi, publié au autoédition. L'autrice me l'a gentiment proposé en service presse via la plateforme Simplementpro. Ce roman est une réécriture du conte du Petit Chaperon rouge, et en propose une vision plus mature dans une veine plus fantasy.

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Dans un village à la lisière de la forêt, une adolescente, Elfée, mène une existence paisible. Elle est l'apprentie de l'herboriste Ma'a, une vieille femme qui semble posséder une connaissance infinie. Cependant, il y a des ombres au tableau : la jeune fille a perdu sa sœur dans un accident l'année précédente, tuée dans la forêt par une bête sanguinaire, et ses parents ne prennent pas au sérieux son désir de devenir guérisseuse. Mais à nouveau, un cadavre est découvert dans les bois. Il semblerait que la bête soit revenue. Alors que le village met en place des mesures de sécurité et avant qu'il ne finisse par plonger dans la psychose, la jeune fille, elle, devra faire face à la naissance de deux événements déboussolants : la rencontre avec Loup, un jeune bûcheron très particulier et mystérieux, et la découverte d'un grimoire... réveillant bien des secrets.

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Au premier abord, la jolie couverture et le thème du Petit Chaperon rouge m'avaient interpellée. Puis, en me plongeant dans les premières pages, j'étais dubitative. Le style un peu lourd à la première personne ne m'a pas permis de rentrer vite dans ce roman. C'est une des particularités : l'intrusion du narrateur de façon régulière, qui expose son avis, apostrophe le lecteur, m'a fait penser directement au célèbre Jacques le Fataliste de Diderot (souvenir de Terminale L...), et je dois avouer que j'ai beaucoup de mal avec ça (comme quoi, dix ans après, c'est toujours pareil héhé). Toutefois, j'ai persévéré, et j'ai bien fait !
Le récit se développe lentement, avec beaucoup de richesse descriptive, et on découvre ainsi le village prospère et la mystérieuse forêt qui l'entoure. Les personnages sont bien trempés : Elfée, dont le nom peut faire peur car il sous-entend une jeune fille naïve, est en fait une adolescente au caractère bien défini, qui, au fil du roman, devient de plus en plus mature et indépendante ; Ma'a est une sage stoïque et très respectée, qui n'a pas froid aux yeux ; Loup est un jeune homme aimable, prévenant et très proche de sa famille, les valeurs qu'il véhicule sont admirables, en somme, c'est le chevalier servant du roman, qui cache un sombre secret. Les antagonistes sont plus caricaturaux : je pense aux parents d'Elfée, qui sont froids et bornés, et n'évoluent absolument pas dans le récit.
Ceux qui n'aiment pas les descriptions contemplatives et les longues introspections n'aimeront pas la lecture de ce livre. En effet, l'intrigue se met en place petit à petit, et on suit davantage les méandres de l'esprit d'Elfée, qui l'ont voit grandir. C'est entre autres ce qui fait de ce roman un conte : la dimension initiatique. Elle est notamment représentée par la forêt, comme dans le conte original. Cette forêt est presque un personnage à part entière : elle possède plusieurs facettes, l'une lumineuse, l'autre occulte, et tient une très grande place dans le récit. Mais il n'y a pas que la forêt qui fait penser au conte de Charles Perrault, il y a aussi une cape rouge - que porte Elfée, cadeau de Ma'a - et un loup ! Tiens, un loup... Je ne vais pas aller plus loin, je pense avoir déjà semé plusieurs indices...
Petit ajout de midinette : l'histoire d'amour entre Elfée et Loup (oups, je spoile) est adorable à suivre, et permet de faire grandir les deux jeunes gens. Grâce à cette histoire, Elfée prend en confiance et apprend à réfléchir par elle-même.

Il y a tout de même des points qui pèchent. Le plus gros est le style, qui mériterait d'être allégé. J'ai lu ici et là que des lectrices l'avaient trouvé "particulier", mais je l'ai trouvé au contraire bien choisi pour cette réécriture de conte : le vocabulaire est riche et on sent dans les descriptions un soin du détail qui fait du bien. Cependant, on retrouve régulièrement des tournures de phrases maladroites, des défauts syntaxiques et de ponctuation qui peuvent rendre la lecture chaotique. Il m'a fallu de la concentration pour ne pas perdre le fil parfois et passer outre ces gros défauts. Parce que l'histoire le valait bien. Mais justement, ce roman, de presque 500 pages imprimées (!), mériterait une relecture approfondie pour être davantage mis en valeur et accessible. (Auteurs qui vous autopubliez, ne négligez pas la correction, un œil professionnel coûte, certes, mais votre récit le vaut bien !)
Le second point serait l'intrigue, qui est un peu trop lente, et des détails qui disparaissent du récit sans que l'on sache trop pourquoi, comme la pierre de lune, élément important au début du roman, qui devient ensuite complètement obsolète. À croire qu'il n'a servi uniquement que de prétexte à la rencontre tumultueuse entre Loup et Elfée. Ou encore la fameuse cape rouge, censée protéger l'adolescente, on ne sait de quoi, et qui la rend juste visible parmi le vert de la forêt. Des éléments comme ça qui discréditent quelque peu le récit.

Pour conclure, Promenons-nous dans les bois m'a plu. Je l'ai lu avec beaucoup d'intérêt car l'autrice a réussi à créer une jolie réécriture de conte, un bel univers mystérieux et une histoire d'amour attachante et motivante pour les héros. Cependant, une révision du texte ne serait pas de trop.


Ce roman a été lu dans le cadre du 7e challenge de littérature de l'imaginaire.

dimanche 17 février 2019

Peau d'Ours, d'Alice Rune


Je remercie tout d'abord les éditions d'Utoh de m'avoir fait parvenir ce livre en service presse. Peau d'Ours, d'Alice Rune, m'avait en effet fait de l’œil grâce à sa très belle couverture, réalisée par l'artiste Philippe Jozelon. Les couvertures des ouvrages de cette petite maison d'édition sont toujours soignées et font très envie, j'avais donc hâte de découvrir ce conte, qui promettait d'être original.

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La Princesse des Brumes, abandonnée par son Prince Guerrier parti à la guerre, voit sa vie bouleversée quand elle accueille, un jour de profond ennui, le Sorcier au Miroir dans son château. Ce dernier prétend vendre divers objets, et elle décide de lui acheter un miroir. Ce dont elle ne se doute pas, c'est que ce miroir est enchanté... Quelques jours plus tard, un matin, elle se réveille dehors, entourée des lianes qui grimpaient auparavant sur le château. Contre son gré, la Princesse va alors partir à l'aventure. Elle rencontrera des animaux parlants, dont un renard très hospitalier, un petit chien magicien, retrouvera son père qui la vendra à un étrange "ours", et finira par retrouver l'amour...

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Ce conte se lit d'une traite. En effet, l'auteure a réussi à créer une ambiance typique des contes : de la magie, des personnages caricaturaux (un méchant sorcier, une méchante belle-mère, un prince amoureux...), des créatures de toutes sortes (des hybrides, des pantins, etc.), de somptueux décors (châteaux, paysages de neige, mer de miroirs brisés, etc.), et une morale finale, qu'on pourrait développer ainsi : on paye toujours son excès de vanité. Cependant, ce conte est également un voyage initiatique : la Princesse montre qu'il ne faut jamais perdre espoir même quand on croit avoir tout perdu, il faut persévérer, se battre et garder la tête haute, les choses finissent toujours par s'arranger.
De plus, les clins d’œil à divers contes classiques sont appréciables : Blanche-Neige (le miroir, la belle-mère), Raiponce (la natte de cheveux), Casse-Noisette (les pantins animés), Alice aux pays des merveilles (les décors hallucinés, les animaux parlants), etc. On sent que l'auteure a voulu écrire un conte, certes, mais un conte savant. En parlant de savoir, l'Ours est sans doute le personnage le plus intéressant de l'histoire. Créature hybride, mi-homme mi-ours, il ne jure que par la connaissance et instruit la Princesse grâce à son immense bibliothèque (tiens, clin d’œil à La Belle et la Bête : un monstre et une jeune femme friande de lecture).

Cependant, ce livre souffre de divers défauts. La ponctuation est parfois manquante ou mal placée, en particulier les virgules. Le style est très naïf, et fait penser aux contes réécrits pour les petits (en vérité, peu de gens connaissent les originaux de Perrault et Grimm, qui sont très sombres), j'ai également trouvé quelques péripéties inutiles, des longueurs et un certain manque de logique. La magie est mal utilisée et parfois incompréhensible (je pense notamment au fameux vase dont la Princesse se sert pour communiquer avec le Prince découvert dans un tableau, quel est le lien entre le vase et la peinture d'où elle l'a délivré ?), on ne comprend pas vraiment le but du Sorcier au Miroir (pourquoi détruit-il le château de la Princesse ?), et l'interdiction de l'Ours à la Princesse de ne pas monter dans sa chambre la nuit n'a aucun sens (il n'y a aucun châtiment quand elle finit par y monter et qu'elle dérobe le vase - qui est à la mère de l'Ours). Je ne liste pas toutes les incohérences, mais avec le style maladroit et la mauvaise relecture, cela donne un récit plutôt faible.

En conclusion, même si ce conte possède des qualités d'imagination et se lit facilement, j'ai été dans l'ensemble assez déçue.


Ce roman a été lu dans le cadre du 7e challenge de littérature de l'imaginaire.


mardi 9 janvier 2018

Ronces Blanches et Roses Rouges, de Laetitia Arnould


source

Je me suis procurée il y a quelques mois le premier livre de la toute jeune maison d'édition Magic Mirror, créée il y a un peu plus d'un an, et dont la ligne éditoriale s'appuie sur la matière merveilleuse, la réécriture des contes de fées. Ce premier roman est inspiré du conte Blanche-Neige et Rose-Rouge des frères Grimm, et s'intitule Ronces Blanches et Roses Rouges. L'auteure, Laetitia Arnould, invite le lecteur à se plonger dans un roman au genre agréablement régressif et merveilleux.

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Sirona et Eloane vivent dans une petite maison de chaume sous la tutelle de Mme Whitecombe, qui s'occupe d'elles depuis leur enfance. Les deux sœurs, désormais adolescentes, se sont résignées à leur vie solitaire et reculée. Pourtant, des questions restent : pourquoi n'ont-elles aucun souvenir de leur enfance ? Qui sont leurs parents ? Pourquoi Mme Whitecombe n'aime-t-elle pas les questions ? Un jour, un étranger frappe à la porte, et tout bascule. Voilà que leur tutrice promet Sirona en mariage à cet inconnu, et petit à petit, le masque de gentillesse et de douce féerie de leur vie se craquelle. Sirona finit par s'enfuir, déterminée à affronter les ours et la forêt, mais se fait la promesse de revenir chercher sa sœur. D'une nature pragmatique, Sirona ne croit pas à la magie, pourtant, elle va bien devoir s'y faire, car la magie, elle, ne l'a pas oubliée...

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Ronces Blanches et Roses Rouges est un livre a priori prometteur : une très belle couverture réalisée par l'artiste Mina M., et un résumé alléchant, reprenant les codes du conte merveilleux.
Cependant, les 227 pages de ce roman sont inégales.  La plume de l'auteure, qui se veut poétique, comporte de nombreuses maladresses stylistiques : expressions un peu trop naïves, pléonasmes divers, ponctuation qui manque de rigueur (les virgules, bon sang !), etc ; tout cela aurait pu être amélioré avec un bon travail de correction. Ajoutons une intrigue mal ficelée par des retournements de situations auxquels on a du mal à croire ou qui manquent de caractère logique et une gestion des récits présents/passés qui laisse perplexe. Enfin, les dialogues sont peu convaincants : les différences de discours - tantôt soutenu, tantôt familier - se ressentent et devraient être corrigées.

Il faut tout de même noter les points forts de ce récit : je l'ai lu d'une traite, ce qui montre une certaine aisance de l'auteure quant à la narration. Le caractère merveilleux est bien présent et subtilement mis en scène, et les personnages plutôt bien plantés. J'aurais aimé qu'ils soient encore davantage développés, mais après tout, il s'agit d'un conte. L'auteure a également fait un travail de réécriture intéressant : ainsi on retrouve tout au long de son récit des éléments importants comme les deux sœurs, l'ours, la chaumière, le nain, et la magie, qui font partie du conte originel, tout en étant amenés différemment.

Je n'ai pas trouvé la lecture désagréable, mais avec un bon travail de réécriture, d'équilibrage des temps du récit et un style affiné, Ronces Blanches et Roses Rouges serait passé du stade du "roman d'amateur" à "roman d'écrivain". Je souhaite tout de même saluer le travail de la toute jeune maison d'édition, qui a eu du flair avec cette ligne éditoriale spécialisée et enchanteresse. J'espère que les prochains romans se démarqueront en bien.

Ronces Blanches et Roses Rouges, Laetitia Arnould, éd. Magic Mirror, coll. "Forgotten", Toulon, 2017.