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jeudi 30 avril 2020

#PLIB2020 Les Brumes de Cendrelune, tome 1 : Le jardin des âmes, de Georgia Caldera


Seconde lecture pour le Prix Littéraire de l'Imaginaire Booktubeur App, Les Brumes de Cendrelune tome 1 : Le jardin des âmes de Georgia Caldera aux éditions J'ai lu pour elle, qui fait partie des 5 livres finalistes. La couverture m'a de suite attirée, et j'ai plongé dès les premières pages dans ce roman de fantasy aux accents mythologiques. L'autrice n'en est pas à son premier coup d'essai puisqu'elle a reçu le Prix Merlin en 2012 pour son roman Réminiscences.

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Le royaume de Cendrelune est régi par des dieux, dont le plus puissant de tous, Orion, détient le pouvoir de connaître toutes les pensées de ses sujets humains. Ces derniers vivent dans une cité de fer, au service des immortels, et se voient punis à la moindre pensée hérétique. L'une de ces punitions est l'amputation des membres, remplacés par des prothèses en métal forgées par Héphaïstos. C'est le châtiment que Céphise, jeune violoniste, a subi, suite aux propos blasphématoires de son père. Devenue orpheline et une Rapiécée, une paria, elle mène une vie douloureuse entre remords et colère envers ces dieux cruels. Mais l'adolescente ne se doute pas que son désir de vengeance est partagé et qu'il la mènera tout droit dans la gueule du loup : la Cathédrale d'Éternité, maison des dieux, et plus précisément, dans la chambre de l'Ombre, bras droit aux terribles pouvoirs d'Orion.

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Les Brumes de Cendrelune est diablement efficace. Roman choral au style ciselé, on plonge avec délice dans les pensées de Céphise, jeune fille à l'esprit fougueux et critique, ainsi que dans celles de Verlaine, jeune demi-dieu tourmenté pour qui on ne peut que nourrir de l'affection malgré son travail de bourreau. On rencontre également les esprits d'Héphaïstos, dieu de la forge, à l'origine des membres de métal portés par les humains séditieux, et de Proserpine, dernière vestale d'une divinité vouée à l'oubli depuis des siècles et maintenue prisonnière par Orion. 
Les caractères des deux personnages principaux sont bien amenés, même si on pourrait reprocher quelques clichés : le beau Verlaine torturé par sa condition de demi-homme et ses pouvoirs maléfiques, et la jeune femme sauvage incarnée par Céphise, qui va se retrouver malgré elle sauvée par celui qui est le bourreau de sa famille. Malgré ça, on lit avidemment les péripéties de ces deux personnages hantés par leur passé. Ils forment un duo intéressant : outre leur passé révoltant, leurs pouvoirs marchent en miroir : l'un détruit tandis que l'autre guérit ; Céphise s'endurcit et Verlaine s'adoucit, se laisse aller à l'empathie, embrasse davantage son côté humain. L'un et l'autre sont complémentaires et grandissent en se côtoyant, et même si la fin de ce premier tome semble malheureuse, j'ai hâte de savoir dans le prochain ce qu'il adviendra d'eux.
Vous l'aurez deviner, ce récit est également celui d'une histoire d'amour impossible. Cet aspect très Roméo et Juliette n'est pas pour me déplaire et la midinette en moi a refermé le livre avec frustration.

L'univers des Brumes est très intéressant : l'autrice mêle habilement dystopie et fantasy, le tout saupoudré de mythologie. En effet, après des siècles et des siècles où les dieux ont laissé les humains vaquer à leurs affaires et s'autodétruire, ils ont décidé de revenir parmi eux et de remettre de l'ordre. Enfin, c'est l'histoire servie par Orion et consort... J'ai aimé les petites pointes de militantisme écologique : le seul endroit où se trouvent encore des arbres et des plantes est la serre au sein de la Cathédrale, tout le reste n'est que cendres, acier et brume. Plus rien ne pousse au dehors, même la nourriture est synthétique. La serre est d'ailleurs un élément clef puisqu'elle est liée aux pouvoirs de Verlaine, et un symbole fort : celui du cycle de la vie : de la mort naissent de nouvelles essences. 
L'univers de Cendrelune est cruel, mais la cruauté ne vient pas de la ville métallique et grise où vivent des milliers d'humains, mais de la Cathédrale, qui renferme les appartements chatoyants et somptueux des dieux. Ainsi, la lumière n'est pas synonyme de "bien" dans ce roman. Au contraire, il faut s'en méfier ! C'est dans les ombres qu'évoluent la justice et la bonté : les petites maisons pauvres de Cendrelune, les ruelles sales, ou encore les cachots de la Cathédrale...
Dans ce roman sombre, les choses ne sont pas ce qu'elles paraissent, et c'est une des leçons que Céphise va devoir apprendre.

Pour conclure, je suis absolument séduite par cette histoire et j'attends de pied ferme le mois d'octobre prochain pour me procurer la suite !


Ce livre a été lu dans le cadre du Prix Littéraire de l'Imaginaire Booktubers App.



Les Brumes de Cendrelune, tome 1 : Le jardin des âmes, Georgia Caldera, éd. J'ai lu pour elle, 2019. #ISBN9782290165614

mercredi 8 avril 2020

Les Ombres d'Esver, de Katia Lanero Zamora


Katia Lanero Zamora est une autrice belge, et a publié aux éditions ActuSF Les Ombres d'Esver, un roman de fantasy à la couverture magnifique signée Alexandra V. Bach. Je remercie d'ailleurs l'équipe d'ActuSF pour ce SP et leur confiance. Ce livre m'a beaucoup plu et je vous dis pourquoi.

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Amaryllis vit recluse dans le manoir d'Esver, qui tombe en décrépitude. Étudiant d'arrache-pied la botanique sous la houlette sévère de Gersande, sa mère, l'adolescente rêve de s'échapper et de partir en voyage. Chaque soir, avant de se coucher, elle est contrainte d'avaler une étrange mixture qui la plonge dans un sommeil comateux dans lequel veillent des ombres terrifiantes et qui est censée contenir sa "maladie". Mais cette vie austère pèse lourd sur ses épaules, tout comme la contrainte de ses nuits faites de néant. Que se passerait-il si elle arrêtait son traitement ? Si elle désobéissait à sa mère, qui rêve de la voir intégrer le prestigieux institut de botanique Théophraste d'Erésos ? Et surtout, Amaryllis est-elle prête à découvrir les secrets d'Esver ?

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Avec Les Ombres d'Esver, Katia Lanero Zamora nous plonge de sa plume élégante dans un univers sombre et énigmatique. J'ai apprécié l'esthétique gothique du manoir : la bâtisse qui tombe en ruines, pleine de courants d'air et de passages secrets, le lierre mangeant les murs, les plantes exotiques étudiées par les deux femmes envahissant l'espace de vie, la serre, etc. Esver est une ode aux châteaux froids et tempétueux des romans gothiques anglais. Cette influence se retrouve dans les deux personnages principaux : Amaryllis et Gersande sont deux femmes avec un lourd passé, chétives et mal habillées, qui ont été maltraitées et abandonnées. Mais un feu les habite : la passion de la botanique pour Gersande, le désir de vérité pour Amaryllis. La comparaison avec les héroïnes des romans gothiques s'arrête là, car sous leurs airs fragiles, ce sont deux femmes fortes qui se battent pour ce qu'elles ont de plus cher. L'aspect gothique-fantastique se joue également dans le flou concernant le monde merveilleux qu'Amaryllis arpente la nuit. On peut se poser la question de savoir si elle rêve ou si tout ce qu'elle vit est réel...

Sous ses allures fantastiques, ce roman de fantasy mêle deux mondes encastrés l'un dans l'autre : l'Esver froid et triste qui se compose du château et de son immense jardin dans lequel évolue Amaryllis par défaut, et l'Esver magique, qui se trouve être un pays composé de multiples paysages et créatures telles que Féroce le bucentaure, Rouage le garçon aux jambes de fer, ou encore la Vouivre, qui veille de sa grande ombre ailée sur le royaume d'Esver. Pour entrer dans ce monde merveilleux, l'adolescente doit attendre 20h44, l'heure fatidique à laquelle elle est censée se coucher, heure à laquelle les ombres qui la guettent apparaissent... Ces mondes parallèles cohabitent avec beaucoup de mal, jusqu'à ce qu'Amaryllis décide d'arrêter son somnifère et de prendre sa vie en main.

J'ai beaucoup apprécié la relation mère-fille. Au départ, Amaryllis est passive et étouffe ses élans de liberté pour obéir - et faire plaisir - à sa mère. Cette dernière décide de tout pour sa fille ; leur relation est clairement toxique. Mais plus le récit avance, plus la jeune fille s'ouvre au(x) monde(s) ; et plus Gersande menace, pleure, panique, perd le contrôle, plus Amaryllis lui échappe et finit par découvrir la vérité : qui est vraiment sa mère, sous ses dehors froids et distants ? Leur duo conflictuel est également mis à mal par le père : Aurélien Dupont, terrible homme d'affaires qui les a abandonnées après le fameux jour où tout a basculé. Ce fameux jour est imagé par les reliefs de la fête qui a eu lieu dix ans plus tôt. Gersande a souhaité laisser en état la pièce, si ce n'est en guise de souvenir, alors en guise de punition. Violent et manipulateur, Aurélien fomente le mariage de sa fille avec son associé afin de revendre le manoir. Gersande souhaite à tout prix éviter ce sort funeste à sa fille.

Plus qu'un roman de fantasy, Les Ombres d'Esver est un roman d'émancipation féminine, représentée par un objet porté par Amaryllis, doté de multiples usages et symboles : le pic à cheveux (symbole de la condition féminine par excellence), qui se transforme en épée (symbole phallique et de pouvoir qu'Amaryllis s'octroie sans hésitation, épée avec laquelle elle pourfend ombres et monstres), et qui se trouve être au départ... la base d'une plume (symbole de l'érudition, par laquelle Gersande souhaite émanciper sa fille du contrôle paternel, tout-puissant même à distance).

Le dénouement est sans aucun doute la partie que j'ai préférée. Toutes les pièces du puzzle se mettent en place, et on comprend davantage le caractère maniaque et autoritaire de Gersande, et qui se cache derrières les ombres envahissant Esver, même si je m'en doutais un peu. La quête menée par Amaryllis pour délivrer Esver - et par la même occasion guérir sa mère (sa blessure physique reflétant la blessure du passé jamais cicatrisée) -, est semblable à un parcours initiatique : chaque partie du monde merveilleux d'Esver qu'elle visite correspond à une pièce du manoir, dans lesquelles on retrouve des indices sur l'époque fastueuse menée par la famille et ce qui a mené à sa déchéance, jusqu'à l'objet clef : un rubis. L'image de la jeune fille rendant la pierre précieuse à sa mère symbolise un nouveau lien, sans faux-semblants. Le dénouement apporte des éléments de réponse, mais les deux derniers chapitres ajoutent une couche de mystère. Finalement, le roman laisse le lecteur sur sa faim.

Pour conclure, je n'ai pas vraiment de bémols à apporter à ma chronique analyse, même si par exemple, j'aurais aimé qu'un soin tout particulier soit apporté au style, qui est parfois maladroit et pléonastique, ainsi qu'à la correction (des erreurs orthographiques sont malheureusement restées). Dans l'ensemble, j'ai passé un très bon moment de lecture et je vous la recommande !


Les Ombres d'Esver, Katia Lanero Zamora, éd. ActuSF, coll. "Naos", 2019.

mercredi 19 février 2020

#PLIB2020 Vert-de-Lierre, de Louise Le Bars


Louise Le Bars m'avait approchée en 2018 afin que je lise et chronique son roman Vert-de-Lierre, alors autoédité. Finalement, je l'ai découvert une fois édité chez Noir d'Absinthe, illustré magnifiquement par Marcela Bolívar. Ce roman descend tout droit du décadentisme du XIXe, et a été adoubé par l'autrice Amélie Nothomb. Au départ dans ma pàl du Pumpkin Autumn Challenge 2019, il aura été lu dans le cadre du PLIB, et j'espère qu'il sera parmi les 5 livres finalistes ! Vert-de-Lierre est le deuxième roman que je lis des éditions Noir d'Absinthe, et je dois dire que pour une petite et jeune maison, je suis ravie de leurs choix éditoriaux !

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Olivier Moreau est un jeune écrivain de polars. De retour dans le village de sa grand-mère récemment décédée afin de mettre de l'ordre dans la maison familiale, il découvre la légende du Vert-de-Lierre, une étrange créature végétale qui se nourrit des hommes pour traverser le temps. Alors qu'il cherche en vain l'inspiration pour un second roman, ce mythe l'interpelle au plus haut point, et il se met à la chasse aux indices afin d'en apprendre davantage. C'est ainsi qu'il rencontre une étrange dame en noir, et, se rendant à son manoir, sa nièce : une jeune femme nommée Rose. Débute alors pour Olivier une obsession pour cette rousse au charme énigmatique, avec laquelle il noue une relation faite de longs après-midis dans le jardin du manoir à parler art et littérature...

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Vert-de-Lierre est un premier roman subtile, envoûtant et instruit, il plonge le lecteur dans un raffinement langagier et imagé dès les premières lignes. La couleur gothique est fidèlement réalisée, tout en n'étant pas pastichée. Quant au mysticisme, l'autrice réussit un livre avec plusieurs degrés de lectures symboliques. Écrit à la première personne, le roman est fait de récits enchâssés et de mise en abyme : le narrateur n'est autre qu'Olivier Moreau, qui se voit prêter un manuscrit rédigé par Rose racontant l'histoire d'une certaine Mary, victime du Vert-de-Lierre, du point de vue interne. Le manuscrit se trouve être l'enjeu du roman, tenant le narrateur en haleine et renforçant son obsession pour l'autrice. Il est également la clef du mystère entourant Rose et sa tante... 

Louise Le Bars parsème son récit de tics et clins d’œil littéraires du XIXe. Ainsi Olivier Moreau ne serait-il pas une référence au peintre symboliste, Gustave, du même nom ? Ce jeune écrivain naïf se voit torturé par le manque d'inspiration, thème largement exploité en poésie au XIXe - on pense très fort à La Muse malade de Baudelaire, métaphore même du manque d'inspiration -, et la retrouve grâce à sa rencontre avec Rose, qui passe la majeure partie de son temps dans son jardin à soigner les fleurs. La muse à la chevelure de feu est une digne héritière des femmes fatales dépeintes et décrites par les artistes des mouvements préraphaélites, symbolistes et décadents ; tour à tour victime et boureau, Rose est finalement l'actrice principale de ce roman suave et déroutant, phagocytant l'esprit du narrateur. Cela fait penser quelque peu au mythe du vampire, rendu célèbre grâce au Dracula de Bram Stoker. Et en effet, le fameux Vert-de-Lierre dont la jeune femme est l'hôtesse est un esprit végétale se nourrissant de la sève des hommes, comme le lierre se nourrit de la sève des arbres... Un autre personnage ressemble fortement à une figure célèbre du XIXe siècle : Oscar Wilde. Il s'agit de l'époux de Mary, Nathaniel, dandy et fin esthète, et qui a des penchants homosexuels. Il compare d'ailleurs sa femme à Lilith et Méphistophéla, clin d’œil aux mythes du vampire et de la femme fatale, et la déifiant au passage.

On s'aperçoit que le jardin est un élément central du roman ; il est à l'image de la maîtresse des lieux : à la fois frais et capiteux, il est l'alcôve végétale des amours de Rose. Il m'a fait penser au Jardin des supplices d'Octave Mirbeau, en nettement moins sadique. Le narrateur observe souvent à la dérobée sa dulcinée, décrivant là une nuque parsemée de taches de rousseurs, ici la main délicate s'occupant des roses, comme autant de tableaux préraphaélites (je pense à J. W. Waterhouse). Le jardin est aussi une réminiscence de la vie sauvage qu'a menée Rose, ou Mary, le personnage de son récit qu'elle offre à Olivier. Le mythe de la femme qui serait reliée à la nature est très prégnant depuis le Moyen Âge : sorcière des bois ou jeune nymphe se baignant dans un ru ombragé, soumise à son utérus, la femme est un être entouré de secrets et de préjugés sexistes. 

Le XIXe ne l'épargne pas en littérature, mais aussi... en psychiatrie. Le récit enchâssé de Rose raconte le passage de la jeune paysanne Mary en hôpital psychiatrique afin de la traiter pour hystérie. Ce chapitre pointe du doigt les horribles traitements qu'ont pu subir nombre de femmes faussement accusées de folie par leur époux ou leur entourage. La psychiatrie s'est ainsi construite sur la torture de nombreuses victimes féminines. En parlant de troubles psychiatriques, un autre thème est traité : celui du double, à la Dr Jekyll et Mr Hyde. En effet, lorsque le Vert-de-Lierre hante sa victime - ici Mary -, un changement de personnalité s'opère, et son hôte ne se souvient de rien lorsque le lierreux se réveille...

Vert-de-Lierre est un court roman finement construit dont je ne peux retranscrire tous les éléments d'analyse. Histoire d'amour d'un écrivain pour sa muse, histoire de l'émancipation d'une femme de sa condition, conte gothique aux accents mystiques, ce livre sort du paysage fantasy habituel et rend un hommage saisissant à la littérature décadente de la fin de siècle.


Ce livre a été lu dans le cadre du Prix Littéraire de l'Imaginaire Booktubers App.




Vert-de-Lierre, Louise Le Bars, éd. Noir d'Absinthe, 2019. #ISBN9782490417247

jeudi 30 janvier 2020

Entends la nuit, de Catherine Dufour

Catherine Dufour est une autrice de SFF française qui a reçu plusieurs prix littéraires dont le Grand Prix de l'Imaginaire en 2007 et le Prix Masterton en 2019 pour Entends la nuit, objet de cette chronique. J'avais déjà vu ses livres dans les rayons des librairies sans jamais en acheter. J'ai sauté le pas il y a peu en version numérique avec ce roman de fantasy urbaine publié aux éditions L'Atalante. Cette lecture s'est faite dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge et je l'ai beaucoup appréciée !

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Myriame est une jeune femme de 25 ans qui vient tout juste d'être embauchée dans une entreprise parisienne pour faire de la veille informatique, emploi qui ne la passionne guère, mais elle a besoin d'un nouveau départ et de stabilité. De son nouveau bureau humide, elle découvre les employés de la boîte, mais surtout les patrons : d'étranges énergumènes au faciès pâle et statuaire, mutiques et charismatiques. Voire, effrayants. Grâce à un système de surveillance vidéo nommé Pretty Face, chaque employé peut surveiller les autres de son ordinateur, à travers le monde. C'est ainsi que Myriame fait la connaissance de Duncan Vane, un curieux personnage, beau comme un dieu, qui va devenir son supérieur hiérarchique. Petit à petit, ils nouent une relation virtuelle, qui finit par ne plus suffire. En plus de cette singulière relation, la jeune femme remarque des phénomènes étranges au sein du bâtiment de l'entreprise, à relier avec le comportement bizarre des patrons et ses conversations avec Vane...  Cependant, Myriame est loin de se douter dans quelle aventure amoureuse elle vient de mettre le pied, et quels secrets séculaires elle va soulever !

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L'autrice révèle un roman de fantasy urbaine très prenant dans lequel j'ai plongé tête la première et n'en suis ressortie qu'à la fin. Son style est incisif, drôle, aux images surprenantes, et le récit bourré de références littéraires, dont de gros clins d’œil à Shakespeare. En parlant du dramaturge, il y a une certaine théâtralité dans Entends la nuit, et comme l’œuvre de l'auteur anglais, ce roman s'apparenterait à une tragi-comédie emmenée par le sarcasme de l'héroïne dans un environnement oscillant entre sublime et grotesque (aux sens littéraire et artistique).

Le récit se place en effet du point de vue de Myriame, jeune femme au caractère bien trempé et à la langue bien aiguisée, que l'on prend vite en affection, et on se met rapidement au diapason en suivant sa romance plus que bizarre dans un Paris habité par des créatures mythiques. Ainsi, le second personnage et objet de ses pensées est Duncan Vane, un bellâtre prétendant, au début de leur relation à distance, habiter l'Écosse, dont le visage de marbre la fascine. Ce dernier a des manières d'aristocrate poussiéreux, s'entoure de mystères et a un côté paternaliste que Myriame n'hésite pas à remettre à sa place. La beauté froide et statufiée de Vane est à la fois envoûtante et effrayante. Et c'est pour moi ici que se trouve la grande originalité de l'histoire : Vane est un lémure, une créature antique qui vit littéralement dans les murs, et se nourrit à la fois d'objets divers et de sang, permettant de se recomposer à l'infini. L'autrice offre là plus qu'un vampire, mais un spectre tout-puissant qui peut se matérialiser à l'envi. Car les lémures hantent les villes, leurs immeubles, leurs souterrains, leurs murs. Vane apporte sa touche de poésie surannée, et en même temps, une certaine monstruosité. L'histoire d'amour entre les deux protagoniste est magnétique et morbide. Catherine Dufour revisite donc le couple vampire/humaine d'une belle et ironique façon.

En parlant de morbide, l'un des thèmes principaux de ce roman est la mort, présente métaphoriquement et littéralement. Paris est une ville millénaire, dont les murs reposent sur d'autres murs, qui reposent sur une terre pleine de ruines et d'ossuaires ; ville immortelle et qui repose pourtant sur des fondations fragiles. Et sous ces fondations reposent les morts, avec leurs os friables mais dont les souvenirs hantent à jamais l'esprit de la plus grande ville de France. C'est à l'image de cet oxymore, immortel et fragile, que l'autrice a façonné ses lémures : malgré leurs pouvoirs et leur longévité, ces derniers ne sont plus rien si leurs fondations s'effondrent... Par ailleurs, le couple se meurent à la fin du roman, lorsque suite à la trahison de Vane, Myriame se retrouve enfermée dans un cachot humide et arpente les nervures souterraines de Paris, et finit par se faire enterrer au milieu de milliers d'os appartenant à des centaines de corps vieux de plusieurs siècles. Ce chapitre est une vraie catabase, topos grec repris par Dante au XIIIe siècle dans sa Divine Comédie, on se surprend à descendre aux enfers à pieds joints grâce à la langue truculente de l'autrice !

Le monde de l'entreprise est pointé du doigt à travers les yeux de la narratrice : l'hyperconnexion, la surveillance vidéo, autant de moyens abusifs dont usent nombre d'entreprises sur leurs employés, sans compter les relations hypocrites entre collègues, prêts à sa vautrer dans la délation si cela peut leur rapporter un sourire - ou plus - de la hiérarchie, ici de beaux lémures froids comme la pierre. Une pierre qui semble chère au cœur de l'autrice puisqu'on découvre un Paris mystérieux et unique à travers les murs de ses monuments, dont l'Opéra Garnier et la tour Saint-Jacques.

Pas de points négatifs à apporter à ce roman, si ce n'est peut-être la fin, qui m'a un peu déçue. Je m'attendais à plus de grandiose et quelque chose d'heureux, digne des romans d'amour (mon côté fleur bleue, sans doute), mais cela le démarque de la bit-lit habituelle...

J'ai abordé dans les grandes lignes ce qui m'a le plus plu dans ce roman, que je recommande fortement aux amateurs de créatures fantastiques et de vieilles pierres ;) !


Ce roman a été lu dans le cadre du 7e challenge de littérature de l'imaginaire et du Pumpkin Autumn Challenge.




Entends la nuit, Catherine Dufour, éd. L'Atalante, coll. "La Dentelle du Cygne" , 2018.

jeudi 17 octobre 2019

Le Dieu dans l'ombre, de Robin Hobb


Le Dieu dans l'ombre a été à l'origine publié en 1991 sous le vrai nom de Robin Hobb, c'est-à-dire Megan Lindholm. Cette année, une nouvelle édition est sortie chez ActuSF, qui me l'a gentiment fait parvenir en SP. Ce roman  fantastique a reçu un accueil enthousiaste et je me suis plongée dans sa lecture avec une intense curiosité tellement il diffère des livres que l'on connaît de l'autrice.

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Dans les années 1970, en Alaska, Evelyn mène une vie paisible avec son mari Tom et leur enfant Teddy, jusqu'à ce que Tom propose de partir un mois dans l'État de Washington pour aider à la ferme de son père. Ils quittent donc leur chalet proche de la nature pour une vaste entreprise familiale, celle des Potter, dans laquelle Evelyn ne se sent pas à son aise. Simple et réservée, elle a du mal à s'intégrer à sa belle-famille, qui la juge constamment. En décalage avec la mère et les sœurs de Tom, qui sont des femmes de la ville très apprêtées et de parfaites ménagères, Evelyn se sent perdue. Elle tente alors en vain de se transformer en épouse dévouée et complaisante, s'occupant de Teddy et de la petite maison prêtée par les Potter, pendant que Tom aide son père. Très vite, ce quotidien aliénant ravive des souvenirs, ceux de son enfance à Fairbanks, lorsqu'elle passait ses journées dans les bois, à chasser et jouer en compagnie d'un étrange individu : un faune, qui... à l'aube de son adolescence, a disparu. Mais l'ombre de Pan ne l'a jamais totalement quittée, et dans l'ennui de la ferme des Potter, elle ressurgit, et l'appelle à se libérer...

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Le Dieu dans l'ombre est un récit surprenant, intime et pénétrant. On retrouve la plume sensible de l'autrice de fantasy Robin Hobb, mais on découvre une facette davantage poétique, je dirais même "féminine", avec Megan Lindholm. En effet, le point de vue interne permet de dérouler toute la palette d'émotions et de pensées d'Evelyn, une jeune femme partagée entre son envie de liberté et celle d'être aimée, de rentrer dans le moule. Ayant peu confiance en elle, elle s'est laissée prendre par l'assurance d'un homme et la vie de mère de famille, rôle qu'elle n'a pas remis en question tant qu'elle ne quittait pas l'Alaska. Se pensant terne et bizarre, elle vit dans la gratitude qu'un homme tel que Tom - grand, beau, fort - puisse s'intéresser suffisamment à elle pour l'épouser et lui faire un enfant. On va voir au fur et à mesure du récit cette facette hésitante et soumise d'Evelyn évoluer, notamment grâce à son envie de liberté, et l'attrait de Pan, revenu dans sa vie... 

La forêt, décor central du roman, est tantôt baignée de soleil, tantôt couverte de givre, tantôt silencieuse, tantôt bruissante de toutes les vies qui l'habitent ; elle se pare de toutes les couleurs des saisons, elle sent l'humus, la rosée, elle protège et nourrit ; cette forêt, qui parcourent tous les États-Unis, est un havre, mais aussi un terrain de transition : Evelyn y trouve à chaque fois refuge et se découvre, s'initie, c'est le lieu des vérités, celles que l'on cache quand on est civilisé, au sens propre du terme. Mais même si l'esprit d'Evelyn et le dieu Pan évoluent dans son ombre, tout dans ce roman est lumineux. 

En plus d'être un roman initiatique, Le Dieu dans l'ombre est un roman d'amour. De plusieurs amours précisément : l'amour propre et l'amour profond et désintéressé. En effet, Evelyn apprend à reconnaître sa propre valeur, à accepter qui elle est, c'est-à-dire une jeune femme sauvage qui préfère cueillir des champignons et chasser le lapin dans les bois plutôt qu'une pimpante épousée qui flâne dans les magasins ; quant à l'amour désintéressé, c'est Pan qui va le lui apprendre, en lui enseignant le lâcher prise et en l'aimant inconditionnellement. Mais aussi amour animal, amour hybride, amour maternel, toutes ces formes se présentent dans ce roman pour dresser un portrait de déesse d'Evelyn. Elle est la Déesse-Mère, l'amante et la mère, elle réconforte et nourrit, se soumet pour mieux prendre l'énergie. 

Le roman se scinde en deux parties, qui sont à mettre en corrélation avec les deux hommes qui partagent la vie d'Evelyn : Tom et Pan. Tom est l'envers de Pan : c'est l'humain policé, qui refoule son animalité et n'accepte ni l'échec ni la mort, ne prend pas ses responsabilités. Pan est le dieu discret, mi-bouc mi-homme, il vit depuis des milliers d'années au fil des saisons et ne connaît que l'instant présent et ses désirs. C'est auprès de lui qu'Evelyn trouve consolation et réaffirme son appartenance au monde boisé et sauvage. Mais pour un temps, car on la quitte alors qu'elle retrouve son chalet en Alaska, en peine mais délivrée. Car la simplicité et les bras chauds de Pan ne signifient pas éternité ni bonheur, mais simplement vérité et confiance.

Enfin, je voudrais insister sur la côté mystique de ce long roman. Plonger dans cette lecture, c'est plonger dans une expérience sensorielle et spirituelle. Les chapitres se référant à l'enfance d'Evelyn enfoncent le lecteur dans l'incertitude : est-ce que la petite Evelyn rêve ? Le faune existe-t-il vraiment ? Ami imaginaire devenu plus tard amant imaginaire ? Le dernier tiers du livre soulève le voile, mais nous dépose à la porte du chalet d'Evelyn confus. Comme nous l'avons dit plus haut, la forêt permet l'initiation de la jeune femme aux secrets de Pan et de la nature. La construction du roman suit ce chemin : le réveil d'Evelyn à elle-même et à Pan l'emmène dans ces bois, elle marche jour après jour, remontant les États-Unis jusqu'au Canada, pour finir dans une grotte au sommet de montagnes, symbole par excellence de la fertilité et de la maturation. Lorsqu'il est temps d'en repartir, c'est le printemps, donc un nouveau cycle qui commence, et il est temps pour elle de revenir au monde, armée de nouvelles connaissances et expériences.

Il y aurait tant à dire sur Le Dieu dans l'ombre ! Les pistes de réflexion que je propose ne sont que des esquisses et ne rendent pas hommage à la diversité des thèmes et interprétations de ce roman. J'ai pu lire ici et là qu'il s'agissait d'un roman féministe. Je ne lui donnerais pas ce qualificatif, car malgré tout, Evelyn se réalise à travers un pendant masculin, mais par contre, je le rapprocherais du féminin sacré, car la figure féminine y est traitée d'une manière mystique. 

Pour conclure, pas de points négatifs à apporter à ce roman brillant, dont on ressort comme d'un rêve ou d'une longue balade en forêt.


Ce roman a été lu dans le cadre du 7e challenge de littérature de l'imaginaire et du Pumpkin Autumn Challenge.



Le Dieu dans l'ombre, Megan Lindholm alias Robin Hobb, éd. ActuSF, coll. "Perles d'épice", 2019.


dimanche 11 août 2019

Sorcière de chair, de Sarah Buschmann


Sarah Buschmann est une jeune autrice française. Psychologue de métier, elle a d'abord publié plusieurs nouvelles avant de faire éditer son roman Sorcière de chair aux éditions Noir d'Absinthe, petite maison d'édition spécialisée dans la fantasy que je découvre avec ce livre. Bien lui en a pris puisque ce premier roman a été finaliste pour le Prix Masterton 2019. Sorcière de chair est un mélange d'urban fantasy et de thriller qui m'a beaucoup plu. Attendez-vous à ne plus voir les sorcières sous le même angle !

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2016, Melbourne. Arabella Malvo, lieutenant de la brigade criminelle, est chargée d''enquêter, avec ses collègues Nolan et Chiara, sur une série de violents meurtres. Tous ces assassinats ont pour points communs la ressemblance des victimes entre elles et l'inspectrice, et le modus operandi : il semblerait qu'une sorcière soit à l’œuvre dans les parages... Arabella va devoir replonger dans les affres de son obscur passé pour résoudre l'affaire, en ressortira-t-elle indemne ?

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Ce roman m'a séduite à la fois par le mélange des genres et l'originalité de l'histoire. La plume de l'autrice est fluide et riche, elle sait se faire poétique et tranchante selon les descriptions et actions. Ainsi, on plonge dès les premières pages dans l'horreur, avec des scènes de carnage minutieusement décrites ; on sent la petite touche sadique de l'autrice, et ce n'est pas pour déplaire. On reste fasciné devant les détails morbides et on en redemanderait presque ! 

Arabella est une anti-héroïne particulière : physique maigre et passe-partout, caractère cynique et mutique. Ces qualificatifs ne font pas d'elle quelqu'un de mystérieux, elle semble presque antipathique au premier abord. Au fil de la lecture, on assemble le puzzle de son passé torturé grâce aux flashbacks qui s'égrainent tout au long du récit, et on comprend mieux son caractère particulier, jusqu'à finalement s'attacher à elle. L'autrice réussit à planter des personnages convaincants, dont on découvre au fur et à mesure la profondeur, et qui surprennent. (Peut-être est-ce dû à son métier de psychologue ?) Les personnages secondaires prennent en densité, tandis que le masque d'Arabella craque petit à petit...

L'aspect thriller est bien rendu : l'enquête est de plus en plus glaçante, la brigade patauge et n'arrive pas à empêcher les meurtres ; l'atmosphère chaude et humide de Melbourne et Darwin, deux villes australiennes, accentue la sensation d'étau qui se resserre au fur et à mesure de la lecture. De plus, la touche de fantasy se marie surprenamment bien ! L'autrice dévoile un univers magique discret et sombre, loin des clichés de la sorcellerie habituels. Les sorcières sont des êtres plutôt maléfiques et manipulateurs : elles s'immiscent dans le cerveau des autres et jouent avec les différentes partie du cortex pour obtenir ce qu'elles désirent : des informations, en faire des marionnettes, tuer, etc. La sorcellerie est démystifiée, analysée : on sait comment le pouvoir fonctionne et l'étude des neurosciences permet aux sorcières de mieux contrôler leur pouvoir. Cet aspect scientifique et "froid" de la sorcellerie apporte une grande originalité au récit et renforce le côté "réel" de l'intrigue. On ne sait plus si on lit de la fantasy ou un simple thriller, dont l'action se passerait dans notre monde actuel. Le titre Sorcière de chair fait référence à une deuxième catégorie de sorciers et sorcières : immortels mais moins puissants que les sorciers "normaux", ces êtres sont à rapprocher des vampires : ils doivent se nourrir de sang pour survivre. J'ai beaucoup apprécié ce clin d’œil au mythe vampirique !

Pour conclure, je n'ai pas de points négatifs à apporter à ce roman, si ce n'est qu'il est trop court ! La fin n'en est pas une, et j'ai cru comprendre qu'un deuxième tome était en préparation, ouf ! Sarah Bushmann délivre là un récit sombre et tourmenté, une plongée dans la psyché torturée du personnage principal et dans une enquête sordide, dont on ressort frustré. Vivement la suite !


Ce roman a été lu dans le cadre du 7e challenge de littérature de l'imaginaire.



Sorcière de chair, Sarah Buschmann, éd. Noir d'Absinthe, 2018.

jeudi 8 août 2019

Avana, tome 1 : La prophétie du Druide, d'Annie Lavigne


D'Annie Lavigne, autrice autoéditée à succès, j'avais déjà lu le premier tome de la série La Confrérie du Serpent, et j'ai accepté de me plonger dans une autre série, celle d'Avana, dont le potentiel m'a de suite séduite. Je remercie l'autrice de m'avoir envoyé La prophétie du Druide, qui ouvre cette trilogie fantasy.

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Il y a deux mille ans, sur la terre d'Erin, le druide Amorgen a une vision : celle de la destruction de la terre des hommes par les Fomorés, seigneurs de l'En-Deça, ennemis des Thuatas de Danann, peuple de la lumière et dieux des hommes, qui vivent dans le Sidh. La prophétie du druide ne pourra se réaliser sans la naissance d'Avana, l'enfant de Lug, le dieu lumière, et de la sorcière maléfique Ess Enchenn. L'enfant est recueillie par Amorgen, qui l'élève parmi les Ulates, un des peuples de l'Île Verte, espérant faire d'elle un être davantage tourné vers la lumière. Mais adolescente, Avana découvre ses pouvoirs et se heurte à l'autorité de son père adoptif qui lui refuse l'enseignement druidique et le secret de sa naissance. Se sentant seule et trahie par les siens, tiraillée par sa part d'ombre et son envie de vérité, elle décide de quitter son peuple et se met en route vers la Scottie, où elle parfaitera ses connaissances et entamera le jeu des amours... Abandonnant derrière elle Emroth, ami d'enfance et druide en devenir. Son amour pour Avana sera-t-il assez fort pour l'empêcher de se tourner vers l'ombre ? Avana sera-t-elle vraiment à l'origine de la destruction d'Erin ?

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L'univers celtique de ce roman est séduisant : l'intrigue se passe en Irlande et en Scottie, on y croise des druides, des sorcières, des dieux et créatures magiques, et ce dans différents "mondes" : Erin, la terre des hommes ; l'En-Deça, le royaume de Zha'hor, le seigneur noir ; et le Sidh, là où vivent les enfants de Dana, les dieux des hommes. De plus, la plume de l'autrice est fluide et entraîne le lecteur sans difficultés dans les aventures d'Avana. L'intrigue est certes linéaire mais se sépare en deux dès la moitié du livre : en effet, on va suivre à la fois le chemin d'Avana, mais aussi celui d'Emroth. Ces deux âmes sont amenées à se séparer puis à se retrouver sans cesse. Ces coupures, qui se font plus régulières au dernier quart du roman, apportent un nouveau souffle au récit, qui devient de plus en plus sombre à mesure qu'Avana refoule son côté lumière.

Cependant, le récit souffre de plusieurs défauts. Tout d'abord, l'enchaînement des péripéties est beaucoup trop rapide, sans compter certains passages trop faciles et peu crédibles : par exemple, lorsqu'Avana décide de partir en Scottie, son voyage se passe beaucoup trop bien, elle trouve son chemin, prend la mer et traverse une forêt sans aucun problème alors qu'elle est une jeune fille d'une grande beauté. Je gage qu'il y a 2000 ans, en Irlande, les choses devaient se passer moins facilement. Les actions s'enchaînant brusquement, cela ne nous laisse pas le temps de "voir venir" les choses et de nous imprégner vraiment de l'atmosphère. 
Ces changements brusques sont à mettre en parallèle avec les changements d'humeur de l'héroïne. Avana est une adolescente rabrouée et mise à l'écart, naïve et douce, mais sa fameuse part d'ombre prend trop rapidement le dessus, ça ne convainc pas - surtout que ce côté ombrageux est notamment montré par sa libido, la transformant en femme fatale ; c'est beaucoup trop cliché et sexiste. Je trouve ça dommage car ce point de sa personnalité, écartelée entre ombre et lumière, était prometteur. Ce n'est donc pas l'héroïne qui m'a le plus plu, mais davantage ses adjuvants, qui sont Emroth et Amorgen, les sages de la tribu des Ulates. 
De plus, l'intrigue comporte certaines incohérences : par exemple, l'épisode d'Avana en Scottie est intéressant car elle prend en assurance et apprend à se défendre et certains aspects de la magie. Mais je n'ai pas compris pourquoi elle n'a pas utilisé ces connaissances dans la suite de l'intrigue. 
Ces incohérences et les situations invraisemblables, ainsi que le caractère binaire des personnages, font que ce roman est bancal. La lecture se fait sans accroches mais on ne réussit pas à plonger vraiment dedans.

Malgré ces défauts, ce roman possède un univers enchanteur et saura ravir les amateurs de mythologie celtique et de folklore irlandais.

Ce roman a été lu dans le cadre du 7e challenge de littérature de l'imaginaire.





lundi 10 juin 2019

"À la casserole n°5" : entretien avec S. J. Hayes + concours

S. J. Hayes est une autrice franco-canadienne qui a d'abord édité de la romance avant de décider de se mettre sérieusement à l'écriture. Depuis, elle n'édite plus les autres mais publie ses propres textes : Nocturne, une trilogie dont elle a déjà écrit le premier tome (saison 1), qui a été chroniqué sur ce blog. Pour la sortie du second en septembre prochain, elle a bien voulu passer à la casserole, et un concours est organisé afin de vous faire gagner le premier (à voir à la fin de l'article).

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1) Présentez-vous en quelques mots :

Je m’appelle Jeanne. Je suis franco-canadienne. J’écris actuellement de la romance paranormale sous le pseudonyme S. J. Hayes. Mon premier roman, Nocturne, est paru en 2018.

2) Pourquoi avoir choisi l’écriture comme moyen d’expression ?

À vrai dire, j’ai plutôt l’impression que c’est l’écriture qui m’a choisie ! Quand j’étais plus jeune, je dessinais beaucoup ; j’ai aussi été un temps attirée par la musique. Mais, à chaque fois, j’ai abandonné dès que c’est devenu difficile. L’écriture, en revanche, je n’ai jamais réussi à la lâcher. Il m’est bien sûr arrivé de faire des pauses, de me décourager, mais je ne me suis jamais arrêtée à « c’est trop dur ». C’est comme une obsession ; je dois trouver la solution !

3) Quels sont vos genres et formes de prédilection à la lecture ? à l’écriture ?

En fiction, je lis essentiellement des romans. J’aime les littératures de genre, notamment la romance et la SFFF (d’où mon inclination pour la romance paranormale, j’imagine !). Cependant, depuis quelques années, je lis de plus en plus de « non fiction ».
En écriture, pour l’instant, je me concentre sur la romance, et j’ai de futurs projets autant en historique qu’en contemporain. Sinon, je n’exclus pas d’écrire un jour de la pure fantasy ou de la SF jeunesse…

4) Comment définiriez-vous votre style ?

C’est une question que je préfèrerais poser à mes lecteurs… Je peux seulement témoigner de mon intention, qui est d’écrire de la façon la plus claire possible, que le sens parvienne au lecteur avec le moins de friction possible. Je m’intéresse davantage aux éléments que je veux exprimer qu’à la manière elle-même de le faire.

5) Quels sont les textes qui vous ont marquée en tant que lectrice ?

Il y en a tellement ! D’autant que j’ai toujours adoré lire, depuis que j’ai 4-5 ans. On peut commencer avec les contes de fées, dont beaucoup réunissent les motifs de merveilleux, d’amour et de morale auxquels je reste attachée aujourd’hui. Le roi Arthur, un roman jeunesse de Michael Morpurgo, était mon livre préféré quand j’étais petite ; Le ranch de Flicka, un récit autobiographique de l’auteure Mary O’Hara, parce que je voulais avoir sa vie ; Les Trois Mousquetaires, qu’on ne présente plus ; Jane Eyre, qui a carrément changé ma façon de voir le monde… En arrivant à l’âge adulte, j’ai aussi eu une phase « classiques du XXe » : J. D. Salinger (à qui je dois mon nom de plume), Orwell, Steinbeck, Gombrowicz… J’adore, mais je ne suis pas capable d’écrire moi-même ce genre de roman.

6) La citation qui vous ressemble :

« Réaliser dans l'âge d'homme les rêves de la jeunesse, c'est ainsi qu'un poète a défini le bonheur. » (Léon Blum, Stendhal et le Beylisme)

7) Là, maintenant, tout de suite, rédigez deux lignes sur votre environnement :

Quand j’ai rédigé le brouillon de mes réponses, j’étais dans un avion d’Air Canada, de retour du Festival du Roman Féminin à Paris. Le chef de cabine s’appelait Martin, et il nous faisait son topo de présentation avec un accent québécois prononcé, y compris en anglais.

8) Quand vous étiez petite, que vouliez-vous faire quand vous seriez grande ?

Éleveuse de chevaux (haha !), dessinatrice, bédéiste, puis astrophysicienne (là, j’avais 14 ans, je ne sais pas si ça compte encore comme « petite »). J’avais aussi le rêve d’écrire des histoires depuis mes 11 ans, mais je le gardais pour moi, et je ne voyais pas ça comme une carrière réaliste.

9) Quel personnage de fiction aimez-vous le plus ?

Zooey, dans Franny and Zooey, de J. D. Salinger (qui est aussi mon livre préféré).

10) Teaser : qu’écrivez-vous en ce moment ?

J’écris une deuxième saison pour Nocturne, qui part sur une autre intrigue avec d’autres personnages principaux. Je compte la publier à la rentrée (le 2 septembre 2019), et vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire à ma liste de diffusion pour participer à un futur tirage au sort et en gagner un exemplaire numérique. 

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CONCOURS (10/06/2019 au 17/06/2019):

Gagnez un exemplaire numérique de la saison 1 de Nocturne en répondant à cette question en commentaire :

Ange ou démon, de quelle équipe feriez-vous partie ? Pourquoi ?

Le ou la gagnant(e) sera annoncé(e) lundi 17 juin 2019. Bonne chance ! 


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jeudi 2 mai 2019

Coup d'État, tome 1 : La reine des esprits, de Valérie Simon


Valérie Simon est une autrice de fantasy française, qui a participé à de nombreuses anthologies dont L'antre des sorciers des éditions Rivière Blanche (2012), On a marché des éditions Sombres Rets (2013), ou encore Âmes ténébreuses, cœurs lumineux des éditions du Chat Noir (2016). Elle a également publié plusieurs romans, aux éditions du Fleuve Noir et du Riez (arrêtée en 2017). Coup d'État a été édité en premier lieu en 2015 aux éditions du Riez, mais a été repris par ActuSF, que je remercie encore une fois pour l'envoi de ce beau service presse ! Cette lecture m'a enchantée !

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Le royaume d'Alsybeen est riche de son Cristal, fait d'une étrange poussière dont l'extraction est dangereuse. Ce petit pays prospère, dirigé par Soth Shoddam, attire toutes les convoitises, celles des héritiers de l'empire des Rauthan et de l'ordre du Denaia, curieuse organisation de femmes qui a la mainmise sur tous les peuples. Le Denaia immisce ses espionnes dans toutes les cours, et a à cœur de renverser Alsybeen. Pour cela, la jeune héritière du royaume doit mourir. Alia Shanine de Messaline rentre à peine de dix ans d'exil qu'elle esquive une première attaque. Cette dernière signe son retour d'une façon funeste : son chemin sera désormais semé d'embûches. Mais ce douloureux retour au pays sera adouci par quelques rencontres heureuses : celle d'Aresu, sa fidèle servante, les retrouvailles avec War'en, ancien ami d'enfance devenu son garde du corps, ou encore celle de Bucko Javis, mystérieux mercenaire qui prend la jeune femme sous son aile.

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Coup d'État est un roman à cheval entre intrigues politiques et amoureuses. La plume de l'autrice est fluide et riche d'un vocabulaire exotique. En effet, les descriptions nous transportent dans un univers chaud et suave, fait de mer brillante, de sable doré, de landes abruptes et de palaces immenses et somptueux à l'architecture incroyable. Les cités de Télessine, Rauthan, ou Valenz sont les trois villes principales de ce roman, des lieux de pouvoirs rivaux. L'environnement, entre désert et mer, n'est pas le seul à dépayser, les animaux présents sont également surprenants : différents reptiles, du plus petit au plus grand, servent les hommes peuplant ce monde, comme les tréhorns (sortes de reptiles de très grande taille à trois cornes,) des canis (de taille moyenne, ils remplacent les chiens), ou encore des gwars (gigantesques, ils tirent les volkhers, des vaisseaux manœuvrant grâce au fameux Cristal, transformé en source d'énergie). Cuirasses des soldats, robes vaporeuses des femmes, parfums envoûtants, écailles brillantes, ce roman vous emprisonne dans ses charmes dès les premières pages.

L'héroïne, Alia, est bien campée. Adolescente éduquée par Valenz, elle est une Initiée qui n'a pas donné son allégeance au Denaia, et de ce fait, doit être éliminée. Comme toutes les femmes initiées, elle manie les armes, aussi bien faites de Cristal que mentales... Mais elles sont aussi physiques. En effet, ces femmes sont choisies pour leur extrême beauté, et Alia ne fait pas exception. Elles apprennent le langage de l'amour et à envoûter les hommes avec leurs atouts féminins. Dans un monde patriarcal, le Denaia use de la faiblesse des hommes - la chair - afin de garder le pouvoir, tout en exerçant dans l'ombre. J'ai apprécié le caractère frais d'Alia, mais résolument indépendant. Parfois ingénue, mutine, sérieuse ou révoltée, la jeune princesse emmène le lecteur dans un maelström d'émotions et d'actions. J'ai suivi avec délectations ses échanges avec l'officier Meker War'en, Backo Javis ou encore Haslet Jorka, prince des Rothan, trois jeunes hommes dont elle s'attache les cœurs. La dimension amoureuse et érotique est justement dosée et ravira tous les amateurs de romance !

Enfin, les intrigues politiques donnent une vraie dimension à ce roman. Les ficelles sont tirées par les femmes du Denaia, en particulier la vieille Mircea Karach Wee, conseillère de l'empereur que tout le monde craint et respecte. L'autrice réussit de vrais retournements de situation et on ne peut que voir une certaine bataille entre hommes et femmes pour le pouvoir tout au long du roman. Les uns combattent par les armes, les autres par leurs charmes et poisons. On ne peut que se demander si l'assassinat prémédité d'Alia n'est pas tant une vengeance qu'un moyen détourné de garder le contrôle sur la cité. En effet, comment contrôler une femme éduquée par le Denaia quand on peut et qu'on a appris à contrôler les hommes, si prévisibles ?

Je n'aurai pas de mauvais points à distribuer à ce roman, que j'ai adoré de bout en bout et que j'ai trouvé très maîtrisé ! J'attends la suite avec impatience, et je ne peux que vous enjoindre, si vous aimez la fantasy, les intrigues sournoises et la sensualité, à vous le procurer.


Ce roman a été lu dans le cadre du 7e challenge de littérature de l'imaginaire.



Coup d'État, tome 1 : La reine des esprits, Valérie Simon, éd. ActuSF, coll. "Naos", 2019.

dimanche 21 avril 2019

Promenons-nous dans les bois, de Gwladys Viscardi


Promenons-nous dans les bois est un roman de Gwladys Viscardi, publié au autoédition. L'autrice me l'a gentiment proposé en service presse via la plateforme Simplementpro. Ce roman est une réécriture du conte du Petit Chaperon rouge, et en propose une vision plus mature dans une veine plus fantasy.

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Dans un village à la lisière de la forêt, une adolescente, Elfée, mène une existence paisible. Elle est l'apprentie de l'herboriste Ma'a, une vieille femme qui semble posséder une connaissance infinie. Cependant, il y a des ombres au tableau : la jeune fille a perdu sa sœur dans un accident l'année précédente, tuée dans la forêt par une bête sanguinaire, et ses parents ne prennent pas au sérieux son désir de devenir guérisseuse. Mais à nouveau, un cadavre est découvert dans les bois. Il semblerait que la bête soit revenue. Alors que le village met en place des mesures de sécurité et avant qu'il ne finisse par plonger dans la psychose, la jeune fille, elle, devra faire face à la naissance de deux événements déboussolants : la rencontre avec Loup, un jeune bûcheron très particulier et mystérieux, et la découverte d'un grimoire... réveillant bien des secrets.

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Au premier abord, la jolie couverture et le thème du Petit Chaperon rouge m'avaient interpellée. Puis, en me plongeant dans les premières pages, j'étais dubitative. Le style un peu lourd à la première personne ne m'a pas permis de rentrer vite dans ce roman. C'est une des particularités : l'intrusion du narrateur de façon régulière, qui expose son avis, apostrophe le lecteur, m'a fait penser directement au célèbre Jacques le Fataliste de Diderot (souvenir de Terminale L...), et je dois avouer que j'ai beaucoup de mal avec ça (comme quoi, dix ans après, c'est toujours pareil héhé). Toutefois, j'ai persévéré, et j'ai bien fait !
Le récit se développe lentement, avec beaucoup de richesse descriptive, et on découvre ainsi le village prospère et la mystérieuse forêt qui l'entoure. Les personnages sont bien trempés : Elfée, dont le nom peut faire peur car il sous-entend une jeune fille naïve, est en fait une adolescente au caractère bien défini, qui, au fil du roman, devient de plus en plus mature et indépendante ; Ma'a est une sage stoïque et très respectée, qui n'a pas froid aux yeux ; Loup est un jeune homme aimable, prévenant et très proche de sa famille, les valeurs qu'il véhicule sont admirables, en somme, c'est le chevalier servant du roman, qui cache un sombre secret. Les antagonistes sont plus caricaturaux : je pense aux parents d'Elfée, qui sont froids et bornés, et n'évoluent absolument pas dans le récit.
Ceux qui n'aiment pas les descriptions contemplatives et les longues introspections n'aimeront pas la lecture de ce livre. En effet, l'intrigue se met en place petit à petit, et on suit davantage les méandres de l'esprit d'Elfée, qui l'ont voit grandir. C'est entre autres ce qui fait de ce roman un conte : la dimension initiatique. Elle est notamment représentée par la forêt, comme dans le conte original. Cette forêt est presque un personnage à part entière : elle possède plusieurs facettes, l'une lumineuse, l'autre occulte, et tient une très grande place dans le récit. Mais il n'y a pas que la forêt qui fait penser au conte de Charles Perrault, il y a aussi une cape rouge - que porte Elfée, cadeau de Ma'a - et un loup ! Tiens, un loup... Je ne vais pas aller plus loin, je pense avoir déjà semé plusieurs indices...
Petit ajout de midinette : l'histoire d'amour entre Elfée et Loup (oups, je spoile) est adorable à suivre, et permet de faire grandir les deux jeunes gens. Grâce à cette histoire, Elfée prend en confiance et apprend à réfléchir par elle-même.

Il y a tout de même des points qui pèchent. Le plus gros est le style, qui mériterait d'être allégé. J'ai lu ici et là que des lectrices l'avaient trouvé "particulier", mais je l'ai trouvé au contraire bien choisi pour cette réécriture de conte : le vocabulaire est riche et on sent dans les descriptions un soin du détail qui fait du bien. Cependant, on retrouve régulièrement des tournures de phrases maladroites, des défauts syntaxiques et de ponctuation qui peuvent rendre la lecture chaotique. Il m'a fallu de la concentration pour ne pas perdre le fil parfois et passer outre ces gros défauts. Parce que l'histoire le valait bien. Mais justement, ce roman, de presque 500 pages imprimées (!), mériterait une relecture approfondie pour être davantage mis en valeur et accessible. (Auteurs qui vous autopubliez, ne négligez pas la correction, un œil professionnel coûte, certes, mais votre récit le vaut bien !)
Le second point serait l'intrigue, qui est un peu trop lente, et des détails qui disparaissent du récit sans que l'on sache trop pourquoi, comme la pierre de lune, élément important au début du roman, qui devient ensuite complètement obsolète. À croire qu'il n'a servi uniquement que de prétexte à la rencontre tumultueuse entre Loup et Elfée. Ou encore la fameuse cape rouge, censée protéger l'adolescente, on ne sait de quoi, et qui la rend juste visible parmi le vert de la forêt. Des éléments comme ça qui discréditent quelque peu le récit.

Pour conclure, Promenons-nous dans les bois m'a plu. Je l'ai lu avec beaucoup d'intérêt car l'autrice a réussi à créer une jolie réécriture de conte, un bel univers mystérieux et une histoire d'amour attachante et motivante pour les héros. Cependant, une révision du texte ne serait pas de trop.


Ce roman a été lu dans le cadre du 7e challenge de littérature de l'imaginaire.

lundi 25 mars 2019

La Stratégie des as, de Damien Snyers


Damien Snyers est un jeune auteur belge, qui a publié, avec La Stratégie des as, son premier roman chez ActuSF, chouette maison d'édition que je remercie de nouveau pour l'envoi de ce SP. Ce petit roman, mêlant steampunck, fantasy et uchronie, a reçu le Prix Pierrotin en 2017.

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Dans un XIXe fantasmé, à Nowy-Kraków, un trio d’arnaqueurs formé d'un elfe, d'un troll et d'une demi-humaine se voient engagés par un étrange vieil homme pour une mission  de haute voltige : voler le Rein d'Isis, une fameuse pierre aux propriétés magiques, détenue par un couple de bourgeois. Pour James, Jorg et Elise, il semble que cela soit la proposition du siècle, celle qui leur permettra enfin de quitter leurs habits de hors-la-loi et de vivre doucement. Lors de cette mission, ils croiseront la route de Mila, une voleuse hors pair, et ne parviendront pas indemnes à sa réalisation.

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Ce petit roman est une très agréable surprise ! Rédigé à la première personne, on suit les aventures de la troupe à travers les yeux de James, un elfe qui n'a pas la langue dans sa poche. Les personnages sont bien plantés, et chacun à leur manière reflète un problème sociétal : James, dont la gouaille lui permet de survivre, qui a longtemps été sous l'emprise d'un maître abuseur ; Jorg, le troll victime de racisme et de préjugés l'empêchant de vivre sereinement ; Élise, moitié humaine, moitié elfe, qui subit également des brimades de la part de la société de par son sang mêlé ; et Mila, la petite voleuse humaine qui se grime pour ne pas se faire agresser par les hommes. L'attachement que les personnages se portent rend le trio très enthousiasmant à suivre. Mention spéciale à Jorg, troll adorable qu'on aimerait connaître davantage. À la fin, James et Mila quittent tous les deux Nowy-Kraków, qui sont incontestablement les deux stars de ce roman. Y'aura-t-il une suite ? Je l'espère !

Tous ces personnages évoluent dans un univers fantasy et d'uchronie : ainsi Nowy-Kraków est une ville évoluée qui propose des calèches à vapeur pour se déplacer (une belle touche steampunck), on apprend que l'Afrique est le continent le plus avancé en matière de technologie, mais le décor est tout de même très suggéré, on en apprend peu sur la géographie de l'univers.
Le récit s'enchaîne sans répit, et alors qu'il semble cousu de fil blanc, on est agréablement surpris par la fin. Personnellement, je n'avais pas vraiment deviné l'aspect magique de la pierre... Malgré quelques maladresses de style, j'ai trouvé que la lecture était très fluide, avec une dose d'humour - grâce à James le narrateur - qui la rend très vivante ! Les questions de société soulevées (le racisme, la pauvreté, l'oligarchie, la police répressive, etc.) rendent ce roman très actuel, et on ne peut s'empêcher de faire des parallèles avec le monde réel. J'ai beaucoup apprécie l'ajout de l'interview de l'auteur, qui permet d'en apprendre plus sur ses influences et comment il a créé son univers, ainsi que la nouvelle sur Mila, le personnage le plus mystérieux du récit.

En fin de comptes, je n'ai pas vraiment de remarques négatives à faire, si ce n'est que j'aurais aimé que le background soit davantage développé, de même que l'intrigue. Mais pour un premier roman, c'est très honorable !


Ce roman a été lu dans le cadre du 7e challenge de littérature de l'imaginaire.



La Stratégie des as, Damien Snyers, éd. ActuSF, coll. "Les Trois Souhaits", 2016.

mardi 5 mars 2019

La Forêt des araignées tristes, de Colin Heine


La Forêt des araignées tristes de Colin Heine est la deuxième lecture de mon partenariat avec ActuSF. Je ne lis presque jamais de steampunck, et ce roman a été l'occasion de me replonger dans ce genre inspiré de Jules Verne.

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Gale, XIXe siècle. Bastien est paléontologue. Passant son temps dans son atelier entouré d'os et de livres, il se promène un jour à l'Omniexposition, et découvre une invention qui l'intrigue : un dirigeable piloté à distance. L'inventeur propose au public de monter à bord afin de tester l'engin. Bastien s'y décide, mais ne pourra pas vraiment profiter du vol : la navette se fait percuter par une gargouille et son cavalier et sombre dans le lac, entraînant les passagers. Le jeune homme en réchappe miraculeusement, sans se douter qu'il vient de mettre le pied dans une toile bien trop grande pour lui. Aidé de ses amis Ernest le baroudeur, Agathe sa servante, et Angela une jeune Germanienne traquée par son propre pays, il devra déjouer les plans d'une histoire d'espionnage d'envergure internationale, tout en étant chassé par un assassin et poursuivi par une étrange créature issue de la vape...

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Le décor est une Belle Époque plongée dans la vape, un étrange brouillard qui est une source d'énergie pour les machineries comme les dirigeables, et de pollution. De cette vape toxique naissent plein de créatures tapies dans les tréfonds des eaux et des forêts. C'est sur cette brume que cette société du XIXe s'est bâtie. Les gens de la haute habitent sur des piliers, en hauteur, et se déplacent dans les airs, notamment grâce aux gargouilles, et le petit peuple, lui, traînent ses savates en bas, dans la brume fétide. La hiérarchie sociale n'est donc pas que figurée, elle est aussi littérale (pour ne pas dire verticale). La Gallande est en compétition avec les pays avoisinants, tels que la Germanie, l'Anglésie, la Lupanie et l'Hispanie. Tous ces pays ne sont pas sans rappeler des pays actuels... Cette compétition, ou guerre économique, se base sur la recherche incessante de ressources énergétiques comme l'ignium, qui permet l'invention de nouvelles technologies. L'auteur a planté un univers riche et fascinant, qui fait la part belle aux piques écologiques et reproche l'avidité mortifère des hommes pour l'argent.
On prend plaisir à suivre différents personnages tout au long du roman : Gerfon, Ernest, Agathe, Angela, Bastien, tous ont voix au chapitre : le point de vue interne les rend vivants et attachants, et parsème la lecture de tranches de vie intrigantes. Personnellement, j'ai beaucoup apprécié Ernest, qui est un aventurier courageux et marginal.

Toutefois, il y a des points négatifs. J'ai trouvé l'enquête mal menée : des hypothèses venues d'on ne sait où énoncées par Agathe (qui est bien renseignée et véhémente pour une domestique) sur l'accident de navette auquel Bastien a réchappé, et sur la bombe déposée dans le bureau de Dumanche, le patron de la société qui gère les gargouilleries : Bastien a vu l'assassin, et de ce fait, Agathe en tire la conclusion qu'il va vouloir le tuer. De même pour la fin : tout le monde se retrouve sur le Gigantique, le plus grand dirigeable au monde, y compris l'assassin et l'inventeur tant recherché tout au long du livre. Pourquoi ce dernier se trouve à bord ? Aucune idée.
De plus, on a l'impression que les chapitres sont collés les uns aux autres par un assemblage douteux, ils ne se répondent pas tous, et certains sont même inutiles (je pense à l'aventure d'Ernest qui est plutôt dispensable même si agréable à lire). Plein d'éléments se retrouvent également sans réponse : pourquoi Bastien a-t-il vu l'assassin alors que ce dernier portait sa fleur d'invisibilité ? Pourquoi est-il poursuivi par une araignée géante (la même que celle à laquelle Ernest a eu affaire lors de son expédition) ? Et la fin : quel est le point, comme diraient nos amis Anglais ?
J'ajouterais de la maladresse dans la narration : un mélange des temps verbaux confondant : un coup on a du présent, un autre du passé simple. Il faut choisir.
Enfin, quel est le rapport entre le titre et le livre ?

En conclusion, La Forêt des araignées tristes a un univers très intéressant, qu'on aurait aimé voir davantage développé, avec de belles trouvailles (je pense notamment aux gargouilles comme moyen de transport, ça m'a beaucoup plu) mais une trame trop emmêlée et décousue pour que ce roman reste en mémoire. Dommage.


Ce roman a été lu dans le cadre du 7e challenge de littérature de l'imaginaire.



La Forêt des araignées tristes, éd. ActuSF, coll. "Les Trois Souhaits", 2019.