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Sélection

"À la casserole n°3" : entretien avec Nolwenn Pamart.

Thésarde en Lettres, future conservatrice des bibliothèques et chroniqueuse à ses heures perdues, Nolwenn Pamart est aussi une jeune auteure qui vient de publier son premier recueil de nouvelles chez Les Deux Crânes : Le Désespoir de l'affichiste. Elle est également - avec l'aide de deux comparses - à l'origine des éditions et de l'association Vermiscellanées, qui viennent d'éditer leur premier recueil : 99 variations façon Queneau. Elle a répondu aimablement à mes petites questions.
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1) Présentez-vous en quelques mots :

Je multiplie volontiers les casquettes, mais beaucoup de choses dans ma vie tournent autour du livre. Je prépare une thèse de littérature consacrée à un auteur de la fin du XIXe siècle, je travaille en bibliothèque, je fais partie d’une maison d’édition associative. Et enfin, c’est un peu la dernière pierre des fondations : j’écris. Je viens de publier mon premier livre : un recueil de nouvelles historiques i…

L'offrande

 Je me suis remise un écrire un petit peu. Je me suis fixé quelques appels à textes pour me lancer, et dérouiller la machine, mais ce n'est pas simple. Rester concentrer sur une idée, la développer, trop d'efforts :p ! J'ai participé au début de l'année à l'appel à textes "Traces", de la revue Dissonances, mais mon texte n'a pas été retenu. Je ne suis pas vexée, j'estime avoir pas mal de travail à faire. Je vous livre ce texte ici même. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !

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The Damsel of the Lake called Nimue the Enchantress, Frank Cadogan Cooper.

 

L'offrande



Elle a fermé la porte et elle est partie. Elle a marché longtemps dans la neige, s’arrêtant de temps en temps pour se reposer contre un arbre, puis reprenant son chemin, décidée et fière. Je le sais car je l’ai suivie. Je marchais dans ses pas à quelques centaines de mètres derrière elle, me faisant discret dès qu’elle se figeait. On a marché jusqu’au coucher du soleil, jusqu’à ce que les ombres se confondent avec l’encre du ciel, que seule la neige luise, réfléchissant la lumière fantôme de la lune.

Malgré le froid j’ai tenu bon. Mes jambes raides ont continué à me porter, je me suis félicité de m’être bien couvert, contrairement à elle, qui semblait ne pas sentir la morsure du froid : sa tenue était légère et elle allait pieds nus. Je savais depuis le début de notre rencontre qu’elle ne resterait pas. Elle ne l’avait jamais dit à haute voix, mais c’était dans ses gestes, dans son regard. J’avais déjà repéré le caractère évanescent de notre relation, bâtie sur le mystère et un accord implicite : je ne l’avais jamais interrogée sur ses escapades, ni sur sa peau froide, ni sur les étoiles qui la constellaient. Elle allait et venait à sa guise, sans que je ne connaisse jamais la destination. Et puis elle est partie comme elle est venue, auréolée de secrets.

Elle a fait halte sur une colline battue par un vent glacial, surmontée d’une grosse pierre noire qui, étrangement, n’était pas recouverte de neige. Elle s’est prosternée, la tête touchant le sol, comme une supplique adressée au néant. Quand elle s’est redressée, sa silhouette avait changé : pourtant menue un instant plutôt, elle portait désormais la vie. Son ventre rond tendait le fin tissu de sa robe, et je contemplais avec stupeur le miracle. Je me fis violence pour ne pas courir la rejoindre, respectant l’accord tacite entre nous, émis depuis le premier jour où ses yeux clairs ont plongé dans les miens. Je l’ai entendue psalmodier, tendant les bras vers les éléments, sa chevelure dansant au gré des rafales de vent. Puis un cri a retenti dans tout l’espace de la nuit, celui d’une bête écorchée vive. Glacé d’effroi, j’ai retenu mon souffle, ne pouvant détacher mon regard du spectacle.

Tout en hurlant et gémissant, elle s’est agenouillée et a relevé sa tunique, dévoilant ses jambes pâles et la courbure de ses fesses. Avec un mélange d’épouvante et de fascination, j’ai observé son accouchement solitaire. La scène était redoutable et magnifique, je l’ai vu saisir l’enfant d’entre ses jambes et essuyer son petit corps avec sa robe. Mon enfant. Il s’est mis subitement à vagir tandis qu’elle le berçait contre son sein, lui chuchotant des paroles qui m’arrivaient par bribes dans une langue inconnue, comme dans un rêve. La lune éclairait doucement le visage de ma sauvage compagne, qui rayonnait malgré l’épuisement. J’ai cru la voir lancer un regard au buisson épineux derrière lequel je me cachais. Je me suis alors décidé à la rejoindre, brisant notre pacte silencieux.

Elle s’était levée et admirait l’adorable être qui remplissait ses bras. Un éclat particulier animait ses traits, énigmatique, qui touchait au sublime. J’avançais lentement, mes pieds s’enfonçaient dans la poudreuse, parsemant le paysage immaculé de leurs empreintes. Soudain un pressentiment terrible m’a envahi et je me suis hâté. Un grondement venu du cœur de la nuit a tonné et un éclair aveuglant, déchirant les voiles d’ombre, m’a fait perdre l’équilibre. Je me suis relevé prestement et j’ai vu l’enfant, gigotant nu dans la robe nacrée et tachée de sa mère, sur la pierre. Je me suis précipité pour le réchauffer dans mes bras. C’était une fille, et une cicatrice en forme de lune brillait sur son front. Une fille, seule trace de l’existence de sa mère, seule trace de l’amour que je lui avais porté…

Commentaires

  1. J'adore! C'est magnifique! Et puis la lune, quoi! )0(

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  2. J'aime bien, vous avez su créer une ambiance réellement poétique et mystérieuse.
    Peut-être aurait-il fallu accentuer et développer l'aspect fantastique ou mythologique ( Hécate, le lune noire, etc. ) Je pense également que l'emploi du passé simple dans la narration donnerait plus de force au récit. Mais tout cela reste un avis subjectif et personnel... En tout cas, continuez à écrire ! :)

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    1. Merci beaucoup ! Oui c'est vrai que ce texte est court, j'ai beaucoup de mal à tenir sur la longueur. Il faut que je me donne les moyens !

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