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Sélection

"À la casserole n°3" : entretien avec Nolwenn Pamart.

Thésarde en Lettres, future conservatrice des bibliothèques et chroniqueuse à ses heures perdues, Nolwenn Pamart est aussi une jeune auteure qui vient de publier son premier recueil de nouvelles chez Les Deux Crânes : Le Désespoir de l'affichiste. Elle est également - avec l'aide de deux comparses - à l'origine des éditions et de l'association Vermiscellanées, qui viennent d'éditer leur premier recueil : 99 variations façon Queneau. Elle a répondu aimablement à mes petites questions.
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1) Présentez-vous en quelques mots :

Je multiplie volontiers les casquettes, mais beaucoup de choses dans ma vie tournent autour du livre. Je prépare une thèse de littérature consacrée à un auteur de la fin du XIXe siècle, je travaille en bibliothèque, je fais partie d’une maison d’édition associative. Et enfin, c’est un peu la dernière pierre des fondations : j’écris. Je viens de publier mon premier livre : un recueil de nouvelles historiques i…

Le Fou et l'Assassin, de Robin Hobb.


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Le Fou et l'Assassin est le troisième cycle et la suite de L'Assassin royal, ample série fantasy de treize livres divisée en deux cycles : le "Cycle de l'Assassin royal" et le "Cycle du Prophète blanc". Ce découpage est français, puisque ces cycles sont présentés en tant que trilogies en version anglaise. Cette série de livres a vingt ans, quand on sait que la première trilogie a été publiée entre 1995 et 1997 chez Bentam Books. Elle a permis à son auteure, Robin Hobb, de compter parmi les écrivains de fantasy les plus vendus et célèbres à travers le monde. J'ai toujours apprécié sa plume minutieuse, rendue avec habileté par le traducteur Arnaud Mousnier-Lompré, ses personnages ambivalents et fort bien travaillés, l'univers médiéval fantastique des Six-Duchés et les intrigues ficelées avec un vrai talent de conteur. C'est bien simple, ouvrir un tome de cette série équivaut à s'embarquer aussitôt pour quelques semaines en compagnie de FitzChevalerie, du Loup, du Fou et dans la magie pure : l'Art. Après avoir dévoré les deux premiers cycles il y a bientôt une dizaine d'années, je ne pouvais pas passer à côté de la suite, Le Fou et l'Assassin. Je viens tout juste de finir le cinquième tome, Sur les Rives de l'Art, et attends le prochain avec impatience (il sort dans un mois en France !). 

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Dans ce troisième cycle, FitzChevalerie coule des jours heureux avec sa femme, Molly, dans le domaine de Flétribois. Il a remisé ses atours d'assassin au placard, et tout ce à quoi il aspire c'est à une vie paisible. Et c'est ce qu'il se passe durant une dizaine d'années. Cependant, sa retraite se voit interrompue lors d'une Fête de l'Hiver, par la venue de trois ménestrels à la recherche d'une messagère qui a disparu mystérieusement, sans pouvoir laisser son message.
 La naissance d'une petite fille, Abeille, perturbe de nouveau le cocon de Flétribois. C'est que cet enfant est miraculeux à plus d'un titre : Molly est d'un âge déjà avancé et la grossesse a duré deux ans. Sa petitesse et son teint très pâle attirent les regards curieux, le couple fait donc tout son possible pour protéger leur bien étrange fille. Hélas, Molly finit par mourir, laissant son mari et Abeille au désarroi. Ce dernier essaye tant bien que mal de se comporter en bon père, mais son trop grand laxisme inquiète sa fille aînée Ortie, qui lui propose de prendre Abeille sous son aile à la cour de Castelcerf. Ce dernier refuse et tente de reprendre en main l'éducation de sa cadette. Mais les complications ne font que commencer. Son ancien maître assassin, Umbre Tombétoile, lui envoie une jeune fille du nom d'Évite, qu'il est censé protéger. Le caractère gâtée de cette dernière lui donne du fil à retordre.
Et un jour, il reçoit une autre messagère, qui serait envoyée par le Fou, dont il n'a plus entendu parler depuis des années. Cette dernière lui demande de partir à la recherche d'un "fils inattendu", avant de mourir. La recherche de ce fameux "fils inattendu" va remettre Fitz sur la piste de son plus vieil ami le Fou, dont il ne comprend pas le silence depuis si longtemps. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est qu'une suite d'événements tragiques va le forcer à réendosser son rôle d'assassin, et à traverser les Six-Duchés en compagnie de divers personnages et de créatures merveilleuses...

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J'ai immédiatement été happée par cette suite de L'Assassin royal. On découvre avec un certain contentement la vie tranquille de FitzChevalerie et de sa femme Molly, amplement méritée après toutes ces années houleuses passées loin l'un de l'autre. La naissance d'Abeille apporte un mystère bienvenu, qui fait écho aux interrogations que l'on a pu avoir à propos du Fou lors des cycles précédents, et apporte petit à petit ses réponses. Le Fou était mon personnage préféré, et le retrouver avec Fitz, dans un duo ambigu et profondément touchant, ne boude pas mon plaisir à la lecture. Abeille est un personnage attachant : du haut de ses neuf ans, elle démontre une force de caractère hors du commun, ce qui n'est pas sans rappeler la personnalité du jeune Fou, dévoilée en filigrane au travers du cinquième livre que je viens de terminer. 

L'auteure permet, avec ce nouveau cycle, d'approfondir son univers. On remonte la piste des fameux "prophètes blancs", de cette étrange ville qu'est celle de Clerres, renfermée sur elle-même et recelant des secrets ignobles ; on en apprend davantage sur la naissance des dragons et de leur disparition ; on découvre avec Fitz un rapprochement entre l'Art, la magie utilisée par les Loinvoyant, et l'Argent, la substance merveilleuse réservée aux dragons, etc. Robin Hobb ne se lasse pas de nous décrire les paysages et les villes incroyables de sa création.

Cependant, le lecteur qui n'est pas aussi passionné que moi par cet univers risque de s'ennuyer quelque peu. En effet, alors que l'intrigue de L'Assassin royal se déroulait à un bon rythme, enchaînant les retournements de situations, celui du Fou et l'Assassin est lent. L'auteure peine à faire vraiment démarrer l'histoire, elle s'installe confortablement à Flétribois et finalement, il ne se passe pas grand chose dans le premier tome. Peut-être s'agit-il d'un parti pris, lui permettant de bien mettre en place les jalons de l'intrigue, et de nous plonger davantage dans l'ambiance ? (Quoiqu'il en soit, cela ne m'a pas dérangée outre mesure...) Il faut ajouter que l'éditeur français, Pygmalion, a découpé les tomes anglais de façon assez abrupte. Les livres ne dépassent guère les cinq cents pages - ce sont déjà de beaux objets - et on peut se demander s'il ne s'agit pas là d'une volonté marketing de "prolonger" de façon factice la série, et de délester nos poches de quelques sous supplémentaires... Trois solutions pour ceux qui veulent se procurer les livres à moindres frais : les acheter soit en anglais, soit en version poche, ou les emprunter.


Le Fou et l'Assassin : tomes 1 à 5, Robin Hobb, éd. Pygmalion, trad. A. Mousnier-Lompré, Barcelonne, 2017.

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